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Vie locale

Handivisible, une INNOVATION SOCIALE au service des personnes PRIORITAIRES

Maïté Ferdinand et Arnaud Denis © Handivisible

Ce samedi matin, à la caisse du supermarché, une borne ronde disposée devant l’hôtesse de caisse se met à clignoter d’une lumière bleue et émettre un discret signal sonore. L’employée lève la tête et invite les personnes dans la file d’attente à laisser la jeune femme blonde qui lui sourit poser ses articles en bout de tapis. Ce petit boîtier, qui a modifié l’ordre de passage en caisse, s’appelle Handivisible.

Il arrive de constater que des gens accordent la priorité à un individu en béquilles ou très âgé, mais cette considération ne s'étend pas aux personnes souffrant d’un handicap invisible, et, pour cause, celui-ci ne se voit pas ! 80 % des handicaps sont à première vue indétectables, et concernent pourtant près de 10 millions de personnes atteintes de maladies invalidantes, de troubles mentaux, d’ordre cognitif, sensoriel, ou de pathologies liées à une lourde opération. 

Pour certains, dont le handicap est reconnu par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), la priorité est un réel besoin, et le passage en caisse ou au guichet peut s’avérer un vrai calvaire. Lorsqu’il faut sortir son justificatif, les réflexions désobligeantes et les regards suspicieux fusent, mêlés à un sentiment de honte. Afin d’éviter ces écueils et cette gêne, il est courant de ne rien dire. 

Heureusement, pour faire valoir ce droit, une initiative inclusive française a fait son apparition en 2022, et ne cesse de se développer en métropole et outre-mer ; un bel espoir pour toutes les personnes concernées.

Le remède à la gêne récurrente

La Présidente fondatrice, Maïté Ferdinand, était une jeune maman aux soucis de santé « non apparents » et pourtant très invalidants en station statique debout prolongée. Elle n’osait pas sortir sa Carte Mobilité Inclusion (CMI) pour quémander la priorité, de peur d’être jugée. 

Maïté lance alors sa start-up, incubée à la Technopole de l’Aube en Champagne, en concevant un système technologique minimaliste et discret, adaptable à tous les lieux publics. Au cours des années 2019 à 2021, elle mène une série d’essais pour affiner son invention. En 2022, Handivisible est lancé à l’échelle nationale. 

Peu de temps après, elle rencontre Arnaud Denis, qui est lui-même touché par le handicap, et qui devient son associé. Depuis quatre ans, les deux entrepreneurs collaborent pour faire évoluer leur marque, et ont déjà remporté quelques prix et trophées pour leur innovation. De cette alliance est né Babyvisible, qui a ouvert son système aux femmes enceintes de plus de trois mois justifiant d’un calendrier de grossesse remis par la CPAM. 

Équiper une structure : mode d’emploi

Le système Handivisible peut être facilement installé dans tous les lieux publics où une file d’attente est susceptible de se former. Il repose sur deux composants : d’une part, un émetteur, qui est un téléphone portable équipé d’une application gratuite et exempte de publicité, et, d’autre part, un récepteur, qui est une borne située près de la caisse. Le dispositif fonctionne uniquement avec le Bluetooth. La connexion internet sera requise au moment de l’installation de l’application et de la création d’un compte. La mise en place est donc rapide. L’inscription est validée dès lors que la CMI mention « invalidité » ou mention « priorité » a été téléchargée dans l’appli. Les bornes sont disponibles en location mensuelle, sans engagement, et sont automatiquement mises à jour lorsque le matériel est amélioré. Par ailleurs, les données des utilisateurs ne sont pas conservées.

La seconde étape consiste à former le personnel et la direction de la structure lors d’une session en visio dispensée par Arnaud. Des responsables du personnel et de la communication sont souvent présents pour assurer la bonne diffusion de l’information en interne et auprès du public, bien qu’un pack communication soit fourni. Le cogérant y explique le fonctionnement technique du système, mais surtout les différents aspects du handicap invisible. Il donne aussi des éléments de vocabulaire aux hôtesses pour qu’elles puissent répondre au mieux aux questionnements qu’elles pourraient rencontrer.

Témoignage de terrain

Virginie, Responsable Qualité au Leclerc Bayonne Nord, est à l’origine de l’installation d’Handivisible dans le magasin à l’automne 2023, soutenue par le Directeur et l’adhérent principal. C’est la première enseigne de l’ouest de la France à se munir du dispositif. Elle a été surprise de la baisse drastique du nombre de réclamations et messages de plaintes provenant de clients mécontents de leur expérience en caisse prioritaire. Virginie nous confie également avoir cherché pendant des mois un moyen de pallier ce souci et fluidifier le passage en caisse avant de découvrir Handivisible. 

Depuis son installation, le personnel de caisse se dit soulagé, car il gère moins d’incivilités, et la priorité s’impose avec douceur sans qu’il ait à vérifier les cartes CMI, souligne Roxane, Responsable de la communication au sein du magasin bayonnais. De plus, toutes les personnes impliquées dans un conflit antérieur ont reçu une invitation à découvrir le fonctionnement du dispositif. Certaines d’entre elles ont également bénéficié d’un accompagnement individuel lors de leurs premiers pas sur Handivisible.

L’application a également l’avantage de recenser les diverses mesures inclusives mises en place dans chaque magasin. Le Leclerc de Bayonne a, par exemple, indiqué la présence de chariots PMR, de mini-scooters électriques, d’un audioguide, de bandes de guidage au sol, de bancs de repos, etc. 

Depuis sa création, l’entreprise s’est principalement implantée dans les chaînes de supermarchés, où les processus décisionnels sont rapides. Gares, DGFiP, CPAM, centres sociaux, mairies, etc., s’équipent timidement. Le souhait des dirigeants est de toucher davantage les petits commerces, tels que les boulangeries ou pharmacies, ainsi que les services publics, et de mailler le territoire français. Cette mission représente un travail de longue haleine. Cependant, l’accessibilité est un enjeu social important, qui ne se limite pas à la construction de rampes et de comptoirs à la bonne hauteur. Arnaud et Maïté sont convaincus que la pédagogie auprès du public est primordiale, et que vaincre le validisme requiert de la pugnacité. Ils espèrent qu’un jour, cette lumière bleue clignotante sera connue de tous, et que le droit à la priorité sans se justifier deviendra une norme.