Entreprise

Génération oubliée

Lucie, Marie, Clara-Lou, Roman, Noémie

Lucie, Marie, Clara-Lou, Roman, Noémie

Ce sont de jeunes étudiants qui subissent de plein fouet cette crise économique inédite. Pour certains ils sont au coeur d’un tsunami et la situation des entreprises est loin de les rassurer. Entre stages compromis, cursus en suspend et jobs d’été raréfiés. Nous les avons interrogés pour savoir comment ils vivent cette période de grande incertitude ?

Une situation floue pour une embauche en apprentissage

« Le confinement que nous avons récemment connu en raison de la crise sanitaire du COVID-19 a été pour beaucoup d’entre nous une période de changement sur différents plans. Nos quotidiens, nos activités professionnelles et personnelles se sont vus être bouleversés. Tous les secteurs économiques et classes sociales ont été touchés par cette vague virale. Aujourd’hui, je m’engage à porter la voix des étudiants qui souffrent encore plus que jamais. Les difficultés financières, scolaires et bien d’autres sont de véritables problèmes à régler. Je m’appelle Lucie, j’ai 21 ans et je débute en septembre 2020 une formation en apprentissage. Ma situation est un exemple parmi de nombreux autres. Formation en apprentissage suppose de trouver une entreprise. Entre frustration, et peur, tout étudiant dans ce cas-là ne sait plus comment agir. De nos jours, être accepté dans une entreprise en tant qu’apprenti n’est pas une mission aisée, mais la période que nous traversons actuellement l’a rendue insupportable. CV, lettres de motivation envoyés, pour la plupart une même réponse : la situation actuelle est floue et ne nous permet pas de vous embaucher en apprentissage. Comment rebondir quand on prône l’éducation et la formation mais que de tels freins s’y opposent. L’appréhension voire la détresse pour certaines entreprises est compréhensible, celle que connaît l’étudiant à la recherche d’un apprentissage est indescriptible ». (Lucie, 20 ans)

Notre bac sera différent de celui des années précédentes

Marie, 19 ans, lycéenne en STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion) à Louis de Foix à Bayonne, vit, comme tous les autres élèves de terminale, une année compliquée semée d'annonces et de contre annonces : « Jusqu'à la mi-avril, nous pensions tous que nous allions passer le bac. J'y croyais car le bac c'est hyper important, c'est notre premier véritable examen, c'est mythique. Et puis tout s'est écroulé après les décisions du ministre. C'est vrai qu'au départ j'étais contente du contrôle continu car je me suis dit qu'il n'y aurait pas le stress des révisions. Mais en y réfléchissant, j'ai des regrets. J'ai 12 de moyenne sans avoir trop travaillé, si j'avais su que le bac reposait sur le contrôle continu j'aurais franchement plus bossé pour avoir la mention bien. Mon but était vraiment d'obtenir la mention, mais avec ce système c'est fichu. Dorénavant, nous attendons les directives pour notre épreuve orale. Nous sommes encore une fois dans l'incertitude totale. On doit, de toute façon, rendre notre dossier, mais on ne sait toujours pas si nous allons passer notre oral. C'est pesant cette attente ». La lycéenne émet aussi quelques réserves quant à la valeur de son diplôme : « Forcément, notre bac sera différent de celui des années précédentes. Normalement c'est une épreuve nationale. Cette année, le bac sera propre à chaque lycée », regrette la jeune fille qui va poursuivre ses études en BTS GPME (Gestion des Petites et Moyennes Entreprises) à Bayonne. (Marie, 19 ans.)

Ma recherche de stage est impactée

« Le déconfinement est une libération : on retrouve nos groupes d’amis, les sorties, la plage et on peut enfin profiter du beau temps. Malheureusement, les cicatrices de l’épisode épidémique sont encore belles et bien présentes... Étudiante en master 1 de Droits de l’Homme et Aide Humanitaire à Sciences Po, j’ai pu finir mon année sans encombre mais ma recherche de stage pour le semestre prochain en est plus impactée. La majorité des stages sont à l’étranger, pourtant, je ne sais pas quand est-ce que je pourrais voyager à nouveau. En ce qui concerne les stages en France, les entreprises sont en télétravail, ce qui n’est pas idéal pour former un stagiaire qui travaillera dans l’équipe plusieurs mois... En plus d’un stage qui peine à se dessiner, les jobs d’été aussi sont remis en question. Compliqué de trouver lorsque notre principale expérience est en restauration... Malgré ces difficultés qui touchent chacun à son échelle, le confinement a été accompagné de bienveillance et compréhension de la part des écoles ». (Clara-Lou, 23 ans.)

Ma formation dans le secteur aérien est remise en question

<« Le confinement a été un moment particulier pour tout le monde, petits et grands et qui a poussé chacun à se réinventer et revoir ses projets. Personnellement, mon envie d'intégrer une formation en lien direct avec le secteur aérien est complètement remis en question avec la crise actuelle. En pleine période de concours visant à intégrer cette nouvelle formation, ceux-ci ont été reportés sans savoir s'ils pourront aller à leur terme, tant les perspectives à moyen terme sont difficiles pour le secteur. Cet exemple est celui vécu par de nombreuses personnes de mon âge, pour qui l'incertitude créée par la crise remet en question le parcours étudiant mais aussi l'employabilité. En attendant des jours meilleurs, nous serons donc nombreux à devoir trouver une voie alternative à nos projets ». (Roman, 25 ans)

Je dois trouver une entreprise pour valider mon inscription en BTS

Noémie, 21 ans, qui s'est inscrite par l'intermédiaire du Greta en BTS SP3S (Services et Prestations des Secteurs Sanitaire et Social) en alternance pour la rentrée 2020 et qui peine à trouver une structure qui l'accueillerait pour son alternance. « Lorsque j'ai eu la réponse favorable du Greta pour faire mon BTS SP3S en alternance, j'étais ravie et je me suis mise à chercher une entreprise qui accepterait de m'accueillir en alternance. J'ai eu la réponse du centre de formation début avril et depuis je cherche. En vain. J'ai essuyé beaucoup de refus. Les entreprises ne veulent pas prendre d'alternants à cause de la situation actuelle. Elles n'ont pas du tout le budget pour un alternant. Certaines gèlent les embauches, d'autres sont plutôt dans une démarche de licenciements. J'ai aussi une autre catégorie de réponse : les structures indécises. Elles me demandent de patienter jusqu'à fin août, voire début septembre. Elles ne savent pas trop se situer et pensent qu'elles en sauront plus dans trois mois. Ce sont souvent des petites structures qui attendent de voir comment va évoluer la situation. Elles ne veulent pas s'engager sans savoir si elles pourront accompagner leur étudiant en alternance. Mes recherches touchent tout ce qui concerne le social (foyer d'accueil médicalisé, ehpad, Caf, CCAS, mutuelle), secteur qui a été submergé par la crise. C'est parfois décourageant et angoissant car je dois absolument trouver une entreprise pour pouvoir valider mon inscription en BTS. Mais je ne baisse pas les bras, je reste motivée car c'est vraiment ce que je veux faire. C'est un milieu que j'ai choisi et qui m'a toujours attirée. Je recherche dans le secteur du BAB ou alors à Orthez près de chez mes parents. J'espère trouver avant le mois d'août, ça me permettrait d'être plus sereine d'avant de démarrer la rentrée ». (Noémie, 21 ans.)