TRIBUNAL JUDICIAIRE de Bayonne : des luttes stratégiques à mener en 2026
Vendredi 23 janvier 2026, le Palais de justice de Bayonne a accueilli la rentrée judiciaire. En quelques heures, les juridictions bayonnaises ont tenu leurs audiences solennelles. C’est le Tribunal Judiciaire qui a clôturé la matinée, mettant ainsi un point final à l’année judiciaire 2025 et ouvrant officiellement celle de 2026. Ce rendez-vous institutionnel codifié, qui permet, chaque année, de prendre la mesure de l’activité judiciaire locale, de ses évolutions et de ses fragilités, s’est déroulé avec précision devant un parterre d’élus, de représentants de l’État et d’acteurs du droit.
L’activité soumise à une pression croissante
Florence Bouvier, Présidente du Tribunal Judiciaire de Bayonne, a dressé un état des lieux précis de l’année 2025. En matière civile, l’activité demeure soutenue, avec près de 6 000 affaires nouvelles enregistrées. Malgré cette pression, les délais de traitement poursuivent leur amélioration : la durée moyenne de traitement des affaires civiles est passée à 12,6 mois, (contre 14,5 mois en 2024), hors procédures d’urgence traitées en quelques semaines.
Au pénal, la dynamique est encore plus marquée. Entre janvier et novembre 2025, près de 18 000 procédures pénales ont été traitées, soit une hausse de 20 % en un an. Le nombre de décisions rendues par le Tribunal Correctionnel a progressé de 5,4 %, ce qui traduit une intensification de l’activité juridictionnelle, portée notamment par un recours accru aux modes de poursuite rapides.
Cette tendance s’accompagne d’une volonté forte de la Présidente et des acteurs du droit de favoriser les modes de résolution amiables, tels que la conciliation et la médiation, pour apaiser durablement les litiges.
Des effectifs qui se renforcent lentement
Si les effectifs théoriques de la Juridiction progressent, la réalité reste contrastée. En 2026, le Tribunal Judiciaire de Bayonne compte 118 agents, (contre 109 en 2023), grâce à la création de postes de Magistrats, d’Attachés de justice et à la pérennisation de contrats. Toutefois, plusieurs postes demeurent vacants, tant au siège qu’au Greffe, et la diminution des vacations des Magistrats honoraires fragilise certains équilibres.
Cette tension structurelle pèse sur l’ensemble de la chaîne judiciaire, dans un territoire en forte croissance démographique, où les besoins judiciaires augmentent plus vite que les moyens alloués.
L’audience a également été l’occasion de présenter un nouveau Magistrat prenant ses fonctions au Parquet de Bayonne. Madame Marie-Thérèse Hirigoyen, Vice-procureure de la République, rejoint l’équipe du ministère public avec un portefeuille particulièrement stratégique. Elle a notamment en charge le contentieux économique et financier, le Parquet commercial, les procédures de saisies et de confiscations, les atteintes à la probité, ainsi que la fraude fiscale, la cybercriminalité, et quelques autres attributions déterminantes.
Narcotrafic : un enjeu majeur sur un territoire frontalier
Prenant la parole au nom du ministère public, Mariel Garrigos, Procureure de la République, a replacé l’action judiciaire dans les réalités spécifiques du Pays Basque. Territoire frontalier et ouvert sur l’Atlantique, le Pays Basque est directement confronté à la montée en puissance du narcotrafic.
En 2025, les saisies douanières sur le ressort du Parquet bayonnais ont ainsi atteint des niveaux inédits : près de 1,8 tonne de cocaïne et plus de 4,9 tonnes de cannabis ont été interceptées, des chiffres qui ont fait du Parquet de Bayonne le premier pourvoyeur de dossiers de trafic de stupéfiants vers la juridiction interrégionale spécialisée de Bordeaux. Face à cette criminalité organisée, le Parquet revendique une action déterminée, en lien étroit avec les forces de sécurité, les douanes et les autorités espagnoles, dans un contexte où le narcotrafic est perçu comme une menace directe pour l’ordre public et l’État de droit.
Violences intrafamiliales et délinquance du quotidien
Autre priorité affirmée : la lutte contre les violences intrafamiliales. En 2025, aucune affaire de féminicide n’a été enregistrée sur le ressort du Tribunal Judiciaire de Bayonne, contrairement à l’année précédente. Un constat accueilli avec soulagement, sans pour autant masquer la persistance d’un volume élevé de faits. Les atteintes aux personnes continuent d’augmenter, avec une hausse de plus de 22 % en zone gendarmerie et de 12 % en zone police.
Pour répondre à la situation, le Parquet s’appuie sur des audiences spécialisées, un travail partenarial étroit et un accompagnement renforcé des victimes, notamment via l’Association Citoyenneté - Justice Pays Basque (ACJPB).
Le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats au Barreau de Bayonne, Maître Alain Larrea, a de son côté alerté sur les conditions de sécurité des professionnels du droit, évoquant des situations de plus en plus fréquentes de clients menaçants voire violents, et mettant en garde contre une fragilisation plus large de l’État de droit dans un contexte de défiance institutionnelle.
Délinquance économique, homicides involontaires et environnement
La délinquance économique et financière constitue un autre front judiciaire. Escroqueries et infractions économiques ont progressé de près de 34 % en zone police en 2025, un fait qui alimente une activité pénale de plus en plus technique et chronophage.
Parallèlement, les violences et homicides involontaires - accidents de la route, erreurs médicales, accidents du travail - font désormais l’objet d’un suivi spécialisé, afin d’assurer une réponse pénale cohérente et lisible. Enfin, la justice environnementale poursuit sa structuration, avec des audiences dédiées et la signature, en 2025, de la première convention judiciaire d’intérêt public environnementale sur la Juridiction bayonnaise.
Une justice sous tension, fidèle à son poste
En fermant le ballet de cette matinée institutionnelle dense, le Tribunal Judiciaire de Bayonne a donné le ton de l’année judiciaire qui s’ouvre : si la Justice se trouve confrontée à des enjeux lourds, à des volumes en hausse et à des moyens comptés, elle n’en reste pas moins engagée dans une logique de continuité, d’adaptation et de rigueur. Loin des postures, c’est avec lucidité, courage et des acteurs fortement engagés dans leur mission, que le Tribunal Judiciaire de Bayonne aborde cette nouvelle année, au service du bien commun et des citoyens.
