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Vie locale

ROLAND GARROS, bien plus qu’un stade

Roland Garros devant un avion Demoiselle B.C. (1910) © DR

Son nom évoque immédiatement la terre battue parisienne et les exploits des plus grands champions du tennis. Pourtant, Roland Garros n’a jamais frappé une balle de sa vie au plus haut niveau. Bien avant de devenir le patronyme d’un stade et d’un tournoi mondialement connus, il fut l’un des plus grands pionniers de l’aviation française. Aventurier, ingénieur et héros de guerre, il a également su laisser son empreinte au Pays Basque à la suite d’un spectaculaire atterrissage d’urgence sur les pentes du Jaizkibel.

Né le 6 octobre 1888 à Saint-Denis de La Réunion, Roland Garros se passionne très tôt pour les nouvelles machines volantes qui fascinent l'Europe du début du XXème siècle. À une époque où l'aviation n'en est qu'à ses balbutiements, il fait partie de cette génération de casse-cou prêts à défier les lois de la gravité.

À peine quelques années après les premiers vols des frères Wright, il accumule les records et les démonstrations aériennes. Le 6 septembre 1911, il établit un record d’altitude à 3 910 mètres. Son audace lui vaut rapidement une réputation internationale. En 1913, il entre définitivement dans l'histoire en réussissant la première traversée aérienne sans escale de la Méditerranée… en 7 h 53. Parti de Fréjus, il rejoint 
Bizerte, en Tunisie. Un exploit considérable pour l'époque, réalisé avec des moyens qui paraissent aujourd'hui dérisoires. Il se voit décoré de la Légion d’honneur.

Roland Garros n'est pas seulement un pilote téméraire. Il s'intéresse également à la technique et participe au perfectionnement des avions. Son nom reste associé à l'un des progrès majeurs de l'aviation militaire : le système permettant à une mitrailleuse de tirer à travers l'hélice sans la détruire. Cette innovation révolutionne le combat aérien et ouvre la voie à l'aviation de chasse moderne. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il met son talent au service de l'armée française. 

Capturé par les Allemands le 18 avril 1915 après avoir été contraint d'atterrir en Belgique, alors territoire occupé, il parvient à s'évader et regagne l’Hexagone trois ans plus tard. Même si Clemenceau veut le garder auprès de lui comme conseiller, le Tigre doit s’incliner face à la volonté du lieutenant pilote de reprendre immédiatement le combat. Il rejoint alors l’escadron des Cygognes. Le 5 octobre 1918, la veille de son trentième anniversaire, son avion est abattu dans les Ardennes. Il meurt quelques semaines avant l'armistice.

Morane-Saulnier type N, équipé du dispositif de tir à travers le champ de l'hélice, mis au point par Roland Garros © DR

L'incroyable épisode du Jaizkibel

Bien avant la guerre, Roland Garros sillonne l'Europe pour participer à des meetings aériens. C'est dans ce contexte qu'il connaît un épisode aujourd'hui oublié mais resté dans les mémoires locales.
Le 23 mai 1911, alors qu'il participe à la grande semaine d'aviation de Saint-Sébastien, l'un des événements aériens les plus prestigieux d'Europe, il dévie de l’itinéraire et finit par manquer de carburant. Contraint de chercher un terrain où se poser, il effectue un atterrissage d'urgence sur les hauteurs du Jaizkibel, la montagne qui domine la baie de Pasaia. Le relief escarpé, les vents marins et l'absence d'infrastructures rendent l'opération particulièrement risquée. Roland Garros s'en sort pourtant sans blessure grave et son appareil est toujours en état de marche.

À l'époque, la scène est extraordinaire. Les avions sont encore rares et la plupart des habitants n'en ont jamais vu de près. Voir une machine volante se poser provoque un véritable attroupement. Les témoins racontent l'arrivée de curieux venus parfois de plusieurs kilomètres pour observer l'appareil et son pilote déjà célèbre.

L'épisode contribue à renforcer sa réputation de pilote capable de garder son sang-froid dans les situations les plus périlleuses. Plus d'un siècle plus tard, cette escale forcée constitue l'un des liens les plus singuliers entre le pionnier de l'aviation et le Pays Basque. 

Pour les habitants du littoral, le nom de Roland Garros ne renvoie donc pas uniquement à un tournoi de tennis, mais aussi à une plaque commémorative, sur le lieu de l’évènement.

Roland Garros au volant d'une Bugatti Type 18 (1910) © DR

Quel rapport avec le tennis ?

Près de dix ans après sa disparition, la France cherche un nom pour le nouveau stade construit Porte d'Auteuil afin d'accueillir la finale de la Coupe Davis 1928. Les célèbres Mousquetaires français (Jacques Brugnon, Jean Borotra, Henri Cochet et René Lacoste) viennent alors de conquérir le trophée face aux États-Unis en 1927 et un court digne de cet exploit doit être édifié dans l’urgence. C’est Émile Lesieur, Président du Stade Français et condisciple d’HEC de Roland Garros, qui propose de baptiser l’enceinte en hommage à l’aviateur disparu. Le choix peut surprendre : Roland Garros n’a pas vraiment de lien avec le monde du tennis (il a surtout joué au rugby). Il incarne cependant les valeurs de courage, d’audace et de dépassement de soi que la France souhaite célébrer.

Le stade prend son nom en 1928. Avec les décennies, le tournoi qui y est organisé finit par devenir plus célèbre encore que l’homme lui-même. Aujourd’hui, des millions de personnes connaissent Roland-Garros sans toujours savoir qu’il s’agissait d’un pilote de légende.

Et pourtant, derrière chaque balle frappée sur la terre battue parisienne se cache le souvenir d’un pionnier qui osa traverser la Méditerranée, révolutionna l’aviation militaire et, un jour de septembre 1911, posa son fragile appareil sur les pentes du Jaizkibel. Une histoire qui mérite, elle aussi, d’être racontée.