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Vie locale

QUI sont-ils ? Épisode 24

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Suite de notre série sur les personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces hommes au parcours souvent hors du commun. Épisode 24.

Félix Moureu

Une avenue à Biarritz et une rue à Artix portent le nom de l’homme politique français. Figure marquante de Biarritz au tournant du XXe siècle, Félix Moureu (1849-1928) incarne l’alliance réussie entre engagement public et activité professionnelle. Né à Mourenx dans une famille d’agriculteurs, il s’installe à Biarritz après des débuts dans la pharmacie familiale, reprenant l’officine de son oncle qu’il transforme en « Pharmacie Moureu ». Élu maire en 1895, il dirige la ville jusqu’en 1904 et participe activement à son essor. Sous son mandat, Biarritz renforce son attractivité avec la reconstruction du casino, de l’établissement de bains et de l’Église Sainte-Eugénie. Il favorise également les innovations, comme l’installation d’une ligne téléphonique reliant Bayonne, Bordeaux et Paris. Au-delà de ses réalisations urbaines, Félix Moureu joue un rôle clé dans la formation scientifique, notamment en soutenant la carrière de son frère Charles, futur chimiste de renom (voir notre édition du 18 février 2026). Engagé dans la vie locale, il poursuit son action après son mandat, notamment durant la Première Guerre mondiale auprès des réfugiés. Il dirige notamment le refuge d’Aguilera où de nombreuses personnes sont hospitalisées. Décoré de la Légion d’honneur en 1920, il reste une figure respectée, dont l’héritage perdure dans la cité impériale.

Henri Gavel

Une allée à Anglet rend hommage au Professeur. Henri Gavel, un linguiste au service des langues du Sud. Né en 1880 à Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais), il s’impose comme un acteur majeur de la linguistique française, particulièrement dans l’étude des langues basque et occitane. Lors de la Première Guerre mondiale, il est affecté au service infirmier du 91e Régiment, puis réformé en 1915 à cause de sa mauvaise vue. Après des études d’allemand à Poitiers puis d’espagnol à Toulouse, il débute sa carrière comme Professeur à Bayonne, où il découvre et approfondit la langue basque. Membre actif de la Société d’études basques, il accède en 1930 à une chaire à la faculté des lettres de Toulouse. Ses recherches portent sur le basque, l’occitan et le castillan, et font autorité dans le domaine. Son travail philologique, abondant, compte plusieurs ouvrages devenus des références. Parmi ses contributions majeures figurent Éléments de phonétique basque (1920) et Grammaire basque (1929), qui ont connu de nombreuses rééditions. Reconnu par ses pairs, il est membre d’honneur de l’Académie de la langue basque et participe activement à diverses revues spécialisées. Il décède en 1959 dans la salle à manger de sa villa d’Anglet, place Lamothe, entouré de sa famille. Considéré comme l’un des grands noms de la bascologie, Henri Gavel laisse une empreinte durable dans l’étude des langues régionales.

Honoré Baradat

Une avenue et un lycée professionnel à Pau, des rues à Mourenx et Oloron-Sainte-Marie, sont baptisés de son nom. Honoré Baradat naît en 1896 à Urdos. Instituteur à Borce, Issor puis Pau, il s’illustre très tôt par son engagement social et politique. Membre de la SFIO durant le Front populaire et franc-maçon dès 1931, il oeuvre activement en faveur de la solidarité, notamment en organisant des collectes pour les réfugiés républicains espagnols. Dès juin 1940, il entre en Résistance à Pau. Révoqué de l’enseignement par le régime de Vichy, celui que l’on surnomme « Achille » ou « Le Béarnais » devient une figure centrale du mouvement « Combat ». Chef départemental du Noyautage de l’Administration publique en 1942, il prend en 1944 la tête de la Résistance unifiée dans les Basses-Pyrénées. À la Libération, il préside le Comité départemental de Libération clandestin et participe activement à la réorganisation administrative. Après-guerre, il poursuit son engagement en faveur de l’enfance et du social, en développant colonies de vacances, cantines scolaires et aides aux pupilles de la Nation. Décédé le 14 janvier 1971, Honoré Baradat laisse le souvenir d’un homme courageux et profondément dévoué, honoré par de nombreuses distinctions, dont la Légion d’honneur en 1948.

Renau d’Elissagaray

Une rue à Saint-Jean-de-Luz célèbre l’ingénieur basque. Né en 1652 à Armendarits, Bernard Renau d’Eliçagaray s’impose comme une figure originale de la marine française sous le règne de Louis XIV. Surnommé « Le petit Renau » en raison de sa taille, il est remarqué par l’Intendant Charles Colbert du Terron, qui l’oriente vers les mathématiques et la construction navale. À la cour du Roi-Soleil, ses travaux sur les méthodes de conception des vaisseaux séduisent par leur rigueur. Sa « machine à tracer », destinée à améliorer la précision et réduire les coûts, impressionne jusqu’au célèbre Amiral Duquesne. Pourtant, trop complexe, elle ne sera pas adoptée par les charpentiers. Inventif, Renau conçoit également les galiotes à bombes, navires capables de lancer des projectiles explosifs, utilisés avec succès lors des bombardements d’Alger et de Gênes dans les années 1680. Officier expérimenté, il participe également à de nombreuses campagnes terrestres et navales, de Brest aux Antilles, jusqu’au Canada et en Espagne. Nommé Lieutenant-Général des armées navales en 1716 et membre honoraire de l’Académie des sciences, il laisse également une oeuvre théorique reconnue. Décédé en 1719 à Pougues-les-Eaux (Nièvre), il demeure un pionnier audacieux, à la croisée de la science et de la guerre navale. Sa vie a été retracée lors de la pastorale souletine (photo) écrite par l’Abbé Cazenave et jouée à Camou-Cihigue en 2007.