QUI sont-ils ? Épisode 25
Épisode 25 de notre série sur les personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces hommes au parcours souvent hors du commun.
Ernest Fourneau
Deux rues à Biarritz et Ascain portent le nom du célèbre chimiste.
Né à Biarritz en 1872 et décédé à Ascain en 1949, Ernest Fourneau est considéré comme le fondateur de la chimie thérapeutique française. Pharmacien et chimiste de renom, il dirige successivement les recherches des établissements Poulenc frères, le laboratoire de chimie thérapeutique de l’Institut Pasteur, puis un laboratoire de Rhône-Poulenc. Son nom reste associé à plusieurs avancées majeures de la médecine moderne. En 1903, il met au point la Stovaïne, premier anesthésique local de synthèse, qui remplace progressivement la cocaïne dans les interventions chirurgicales. Il développe ensuite le Stovarsol, traitement efficace contre la syphilis, et élucide la structure de la Suramine, utilisée contre la maladie du sommeil.
À l’Institut Pasteur, Ernest Fourneau et son équipe ouvrent la voie à la chimiothérapie anti-infectieuse. Leurs travaux sur les sulfamides constituent une révolution médicale avant l’arrivée de la pénicilline. Ils participent également à l’émergence des premiers antihistaminiques et de nombreuses molécules à l’origine de traitements modernes.
Figure scientifique majeure du XXe siècle, Ernest Fourneau a durablement marqué l’histoire de la pharmacie et de la recherche médicale française.
Léon Ollé-Laprune
Une rue à Jurançon rend hommage au philosophe et enseignant.
Né en 1839 à Paris, Léon Ollé-Laprune est l’une des grandes figures du catholicisme intellectuel de la fin du XIXe siècle. Formé à l’École normale supérieure, il choisit la philosophie sous l’influence du Père Gratry et consacre sa carrière à concilier foi chrétienne et réflexion philosophique.
Professeur dans plusieurs lycées prestigieux, puis à l’École normale supérieure pendant plus de vingt ans, il exerce une influence durable sur toute une génération d’étudiants, parmi lesquels Maurice Blondel et Jean Jaurès. Opposé au rationalisme strict et au positivisme dominant, il défend le rôle de la volonté, des sentiments et de la foi dans la recherche de la vérité.
Auteur de nombreux ouvrages, il connaît un succès particulier avec Le Prix de la vie (1894), livre de réflexion morale destiné à la jeunesse, salué par le Pape Léon XIII. Fidèle aux orientations sociales de l’encyclique Rerum novarum, il milite pour une justice sociale inspirée du christianisme. En 1897, il écrit l’un de ses derniers articles intitulé Attention et courage ! en faveur du Journal Le Patriote des Pyrénées soutenu par l'Union catholique des Basses-Pyrénées. Élu à l’Académie des sciences morales et politiques la même année, il décède quelques mois plus tard à Paris.
Léon Ollé-Laprune demeure l’un des principaux représentants de la pensée catholique française de son temps.
Georges-Clément de Swiecinski
Une rue à Guéthary célèbre le sculpteur.
Né en 1878 à Radautz en Roumanie, Georges-Clément de Swiecinski arrive à Paris en 1902 pour y poursuivre des études de médecine. Interne des hôpitaux et attaché aux laboratoires d’anatomie, il découvre la sculpture en réalisant modèles et moulages destinés à l’enseignement médical.
Après avoir servi comme chirurgien auxiliaire durant la Première Guerre mondiale, il s’installe à Guéthary et abandonne définitivement la médecine pour l’art. Dès 1919, il adopte la taille directe et développe un style très personnel. Ami du poète Paul-Jean Toulet (voir notre édition du 13 novembre 2024), dont il réalise le masque mortuaire et plusieurs bustes, il expose régulièrement à Paris et participe aux grands Salons artistiques. Sculpteur, modeleur, céramiste et dessinateur, il puise son inspiration dans l’art sacré, la mythologie, l’Orient et la figure féminine.
Son œuvre, riche et variée, est aujourd’hui particulièrement visible à Guéthary, grâce au don d’une partie importante de ses créations. Mort en 1958 dans des conditions difficiles, cet artiste longtemps oublié a retrouvé progressivement sa place dans l’histoire de l’art grâce à plusieurs expositions rétrospectives.
André Emlinger
Une place de Bayonne perpétue sa mémoire.
Né à Belfort en 1909 et décédé à Tarbes en 2005, André Emlinger a marqué aussi bien le monde militaire que le développement économique du Sud-Ouest.
Sportif de haut niveau dans sa jeunesse, il est champion de France junior d’athlétisme en 1926 et s’illustre également en motocyclisme. Entraîneur reconnu, il contribue à la formation de plusieurs champions et collabore au journal L’Auto, futur L’Équipe.
Officier durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier en 1940. Après la Libération, le ministère de la Guerre lui confie la rédaction de la nouvelle doctrine d’entraînement physique militaire. Son travail à l’École nationale d’entraînement physique militaire de Pau lui vaut les félicitations officielles du ministre des Armées.
Revenu à la vie civile, André Emlinger fonde la société Sicaso et joue un rôle majeur dans le commerce de gros régional. Il est notamment l’initiateur du Forum de Bayonne, vaste centre commercial de gros inauguré en 1974 et regroupant à l’époque 18 entreprises sur une surface de 70 000 m², ainsi que du Centre Kennedy à Tarbes.
Chevalier de la Légion d’honneur, il laisse l’image d’un bâtisseur, animé par le goût de l’engagement et de l’innovation.
Retrouvez l’épisode précédent : Félix Moureu, Henri Gavel, Honoré Baradat et Renau d’Elissagaray.
