Vie locale

QUI sont-ils  ?

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Ils ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces hommes au parcours souvent hors du commun. Épisode 23.

Gabriel Delaunay

Une avenue à Ciboure porte le nom du résistant, haut fonctionnaire et écrivain

Né en 1907 en Vendée, Gabriel Delaunay grandit dans un milieu rural avant de devenir instituteur puis professeur d’histoire-géographie. Agrégé en 1937, il enseigne notamment à Bordeaux et s’engage parallèlement au sein de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO). Mobilisé en 1939, il participe aux combats de 1940 avant de rejoindre la Résistance dès le début de l’Occupation. Sous le pseudonyme « Merlin », il dirige les Mouvements unis de la Résistance en Gironde. Après une période de clandestinité, il prend part à la Libération et joue un rôle clé dans l’organisation des institutions locales. À la Libération, il entame une carrière de haut fonctionnaire : Préfet dans plusieurs départements, dont les Pyrénées-Atlantiques (alors Basses-Pyrénées), 
il se distingue par des positions modérées lors des conflits sociaux d’après-guerre. Il dirige ensuite la Radiodiffusion-Télévision Française avant de devenir Préfet de la Gironde et de la Région Aquitaine. 

Proche de Jacques Chaban-Delmas, il marque durablement l’administration territoriale. Son épouse, Alice, et sa fille, Michèle, s’illustrent également dans la vie publique. En 1998, la maladie l’empêche de témoigner au procès de Maurice Papon. Décédé quelques mois après, Gabriel Delaunay demeure une figure engagée du XXe siècle français.

René Cuzacq

Une avenue à Anglet, ainsi qu’une rue et un giratoire à Bayonne, rendent hommage au Professeur.

Historien et géographe reconnu, René Cuzacq a consacré sa vie à l’étude du Sud-Ouest. Né le 27 août 1901 dans les Landes à Marpaps, il s’inscrit dans une lignée d’érudits, étant le petit-neveu de Pierre Cuzacq. Après des études à Mont-de-Marsan puis à Bordeaux, il obtient l’agrégation d’histoire-géographie en 1924. Professeur à Périgueux puis à Bayonne, où il s’installe durablement, il s’implique activement dans la vie culturelle locale, notamment au sein de la Société de Borda et de l’Académie gasconne.

Contraint de prendre une retraite anticipée pour raisons de santé, il se retire successivement à Bayonne puis à Dax, où il s’éteint en 1977. Auteur prolifique, René Cuzacq laisse une œuvre considérable consacrée à l’histoire des Landes et du Pays Basque. Récompensé par l’Institut de France en 1958, il publie de nombreuses monographies, études archéologiques et travaux linguistiques, notamment sur le gascon. Ses recherches sur Bayonne et la Cathédrale Sainte-Marie demeurent des références pour les historiens régionaux. 

Pierre Simonet

Un square à Bayonne est baptisé du nom du « Compagnon de la Libération ».

Figure exemplaire de la France libre, Pierre Simonet incarne l’engagement précoce et sans faille d’une génération entrée en résistance dès 1940. Né en 1921 à Hanoï, élève brillant passé par Bordeaux, il refuse l’armistice annoncé par Pétain. Le 24 juin 1940, il parvient à embarquer sur le dernier cargo, le Baron Kinnaird, qui, en rade de Saint-Jean-de-Luz, rapatrie les troupes polonaises et les résidents britanniques, vers le Port de Liverpool. Engagé dans les Forces Françaises Libres du Général Charles de Gaulle, il sert dans l’artillerie puis devient observateur, rôle clé sur le terrain comme dans les airs. De la Syrie à la Libye, de Bir-Hakeim à El Alamein, puis en Italie et en Provence, il se distingue par son sang-froid et son audace, multipliant les missions à haut risque, notamment en avion léger. Ses actions contribuent directement à l’efficacité des tirs alliés et à la progression des troupes. Au total, il accomplit 137 missions de guerre et reçoit plusieurs citations. Après la guerre, il poursuit une carrière d’administrateur et d’économiste à l’international, notamment à l’ONU, à l’OCDE et au FMI. Il décède en 2020 à Toulon et est inhumé au cimetière de Montbrison sur Lez (Drôme). Compagnon de la Libération, Grand-Croix de la Légion d’honneur, Pierre Simonet demeure une figure majeure de courage au service de la patrie.

Jean Dalbarade

Des rues à Saint Jean de Luz et à Biarritz célèbrent le corsaire.

Jean Dalbarade ou Jean d’Albarade, dit « Le Bayonnais », incarne l’audace des marins français du XVIIIe siècle. Né à Biarritz en 1743, il se distingue très tôt en mer, devenant Lieutenant à seulement 17 ans. Corsaire intrépide, il s’illustre par des actions spectaculaires, notamment en 1761 lorsqu’il capture, malgré ses blessures, un navire britannique deux fois plus puissant. Durant la guerre d’indépendance américaine, il confirme sa réputation en multipliant les prises. Blessé et capturé en 1779, il est emprisonné en Grande-Bretagne avant d’être échangé contre un Capitaine britannique. Dès son retour, il reprend la mer avec succès, capturant plus de vingt bâtiments. Ses exploits lui valent une ascension rapide : Chevalier de Saint-Louis en 1787, Capitaine de vaisseau, puis haut responsable de la Marine. En pleine Révolution, il devient ministre de la Marine (1793-1795). Mais la fin de sa carrière est plus sombre. En 1798, impliqué dans un incendie au Port de Lorient, il est jugé et déclaré incapable de commander. Retiré de la vie publique, il meurt en 1819 à Saint-Jean-de-Luz. Sa vie reflète les bouleversements d’une époque agitée, entre gloire maritime et revers politiques.