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Vie locale

Quand les MOTS racontent une histoire

© Trik - stock.adobe.com, © mlangsen - stock.adobe.com, Dédale et Icare (1615-1625) © Anthony van Dyck, © Kitreel - stock.adobe.com

La langue française, riche de nuances et d’images, est un véritable miroir de notre histoire. Certaines expressions, bien ancrées dans notre quotidien, cachent des anecdotes surprenantes et des origines parfois oubliées. Entre pouvoir, médecine antique ou mythologie grecque, découvrons les fascinantes histoires qui se cachent derrière ces mots.

Tenir la dragée haute

À l’origine, la dragée n’a rien d’anodin. Bien avant de finir dans des cornets de mariage, c’est une friandise rare, coûteuse, presque ostentatoire. La tenir « haute », hors de portée, consiste alors à faire attendre, à imposer ses conditions, à rappeler sa position dominante. Le geste est volontaire : on montre ce que l’on possède, sans le céder immédiatement.

Par extension, « tenir la dragée haute » signifie aujourd’hui faire attendre quelqu’un, se montrer exigeant, offrir une belle résistance, voire exercer une forme de pouvoir ou de pression dans une négociation, une relation ou un rapport de force.

Se faire du mauvais sang

L’expression plonge ses racines dans l’ancienne théorie des humeurs, héritée de l’Antiquité grecque et largement reprise par la médecine médiévale. On pensait alors que le corps humain était gouverné par quatre humeurs : le sang, la bile jaune, la bile noire et le phlegme (ou pituite). Leur équilibre conditionnait la santé physique et morale. Un sang « altéré », « échauffé » ou « gâté » était censé provoquer anxiété, colère ou mélancolie. « Se faire du mauvais sang » revient donc, à l’origine, à perturber cet équilibre intérieur par l’inquiétude et les tourments de l’esprit. Aujourd’hui, l’expression désigne le fait de se tracasser inutilement, de ruminer des soucis qui finissent par peser autant sur le moral que sur le corps.

Se brûler les ailes

L’image nous vient directement de la mythologie grecque. Icare, fils de Dédale, s’échappe du labyrinthe grâce à des ailes fabriquées avec de la cire et des plumes. Grisé par la liberté retrouvée, il s’élève toujours plus haut, malgré les avertissements de son père. Trop près du soleil, la cire fond. Les ailes se disloquent et Icare chute dans la mer.

« Se brûler les ailes », c’est depuis lors céder à l’excès de confiance, viser trop haut, trop vite, et payer le prix de cette démesure. L’expression s’emploie aujourd’hui pour évoquer un échec causé par l’imprudence, l’ambition mal maîtrisée ou l’oubli de ses propres limites.

Cousu de fil blanc

Avant la couture définitive, les tailleurs procédaient par étapes. Les pièces de tissu étaient d’abord assemblées grossièrement à l’aide d’un fil blanc, volontairement visible. Ce fil provisoire servait à maintenir l’ouvrage le temps d’en vérifier la coupe, l’ajustement ou l’équilibre général, avant de passer à la couture finale.

Ce fil blanc avait donc une fonction claire : il ne devait pas rester. Lorsqu’il était encore apparent, cela signifiait que le travail n’était pas abouti, qu’il n’en était qu’au stade de l’ébauche. De là est née l’expression « cousu de fil blanc », employée aujourd’hui pour qualifier une manœuvre trop visible, une intention mal dissimulée, dont on perçoit immédiatement les ficelles.

Des expressions qui nous fascinent

Chaque expression est une porte ouverte sur un pan de notre passé et résonne comme une énigme dans notre quotidien, à la fois familière et intrigante. Leur persistance dans notre langage est une preuve de leur pertinence, et de la richesse culturelle de la langue française. Alors, en « se faisant du mauvais sang » ou en « se brûlant les ailes », nous perpétuons un héritage, tout en enrichissant notre rapport au langage. Vous vous demandez peut-être quelles autres histoires se cachent derrière les expressions du quotidien. Vous ne pensez pas pouvoir attendre la prochaine édition ? « À cœur vaillant, rien d’impossible ! »