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Vie locale

Les BASQUES d'Amérique : une histoire d’exil, de travail et de transmission

Festival Jaialdi à Boise, Idaho (USA) © hktelleria - stock.adobe.com

Avant Tintin en Amérique, il y a eu les Basques. Des ports du golfe de Gascogne aux plaines de la pampa argentine, des montagnes de l’Idaho aux grandes villes latino-américaines, les Basques ont laissé une empreinte durable sur le continent américain. Derrière cette diaspora discrète se cache une histoire faite d’exil économique, d’engagement politique et d’un attachement à une identité singulière.

Bien avant les vagues migratoires du XIXème siècle, les Basques figurent parmi les premiers Européens à traverser régulièrement l’Atlantique. Pêcheurs de baleines et de morues, ils fréquentent dès le XVème siècle les eaux du Groenland et du Labrador, développant des routes maritimes et des savoir-faire qui précèdent parfois la colonisation officielle des Amériques. À partir du XIXème siècle, l’émigration basque change d’échelle. La pression démographique, la pauvreté rurale, les crises agricoles et les conflits politiques poussent des milliers d’hommes et de femmes à quitter le Pays Basque, côté français comme espagnol. L’Amérique apparaît alors comme une terre de possibles. Entre 1830 et 1930, plusieurs centaines de milliers de Basques traversent l’océan, appelés par des parents ou des compatriotes déjà installés.

L’Amérique latine, véritable enclave basque

C’est en Amérique du Sud que la présence basque est la plus massive. L’Argentine, en particulier, en accueille un nombre considérable venus d’Euskal Herria. Aujourd’hui encore, une part significative de la population argentine revendique une ascendance basque, visible dans les patronymes, les réseaux associatifs et certaines traditions locales. Les Basques y deviennent agriculteurs, éleveurs, commerçants, entrepreneurs… Ils participent activement à la construction des États modernes latino-américains, notamment en Argentine, en Uruguay, au Chili ou au Mexique. Très tôt, ils fondent des euskal etxeak, ces maisons basques qui servent à la fois de lieux d’entraide, de sociabilité et de préservation culturelle. Ces centres jouent un rôle essentiel dans la transmission de la langue, des traditions et de la gastronomie. Encore aujourd’hui, ils structurent une communauté connectée au Pays Basque.

Aux États-Unis, bergers et festivals

L’immigration basque aux États-Unis suit une trajectoire différente, plus ciblée géographiquement et socialement. À la fin du XIXème siècle, de nombreux Basques s’installent dans l’Ouest américain (Californie, Nevada, Idaho, Oregon, Washington) attirés par la ruée vers l’or puis par les besoins en main-d’oeuvre dans l’élevage ovin. Le berger basque devient une figure emblématique de cette immigration. Souvent isolés pendant des mois dans les montagnes, ces travailleurs développent une forte solidarité communautaire. Des pensions basques, notamment à San Francisco (Californie) ou Reno (Nevada), deviennent des points d’ancrage pour les nouveaux arrivants. Au fil du temps, la communauté s’organise, se sédentarise et se diversifie. Boise, dans l’Idaho, devient l’un des centres majeurs de la culture basque en Amérique du Nord. Tous les cinq ans, le Festival Jaialdi, qui s’est tenu l’année dernière du 29 juillet au 3 août 2025, rassemble des dizaines de milliers de personnes venues du monde entier.

Intégration et fidélité aux racines

Si les Basques d’Amérique se sont largement intégrés à leurs pays d’accueil, ils ont rarement rompu le lien avec leur culture d’origine. La langue basque, bien que minoritaire, continue d’être enseignée dans certains cercles associatifs. Les sports traditionnels, la musique, la danse et la cuisine occupent une place centrale dans les rassemblements communautaires. Cette capacité à conjuguer intégration et fidélité culturelle constitue l’une des singularités de la diaspora basque. Ni repli identitaire, ni assimilation totale, mais une forme de continuité. L’histoire des Basques en Amérique est celle d’un peuple sans État qui a su, loin de sa terre natale, construire des réseaux solides, transmettre une mémoire collective et participer activement au développement des pays qui l’ont accueillie. Des ports atlantiques aux grandes plaines américaines, cette diaspora continue d’écrire une histoire transatlantique, à la fois enracinée et ouverte sur le monde.