L’ÉPARGNE des citoyens pour FINANCER le quotidien de l’hôpital
Depuis le 12 février 2026, toute personne physique peut prêter de l’argent au Centre Hospitalier de la Côte Basque. Un système mis en place par la plateforme Villyz qui semble ainsi trouver un remède à la situation budgétaire délicate des établissements publics de santé.
La veille du lancement de l’opération, c’est avec le sourire que Frédéric Espenel présente le placement citoyen au bénéfice du Centre Hospitalier de la Côte Basque (CHCB) situé à Bayonne. « C’est une innovation qui nous permet de diversifier nos modalités de financement », se réjouit le Directeur. Le principe est simple. Les particuliers prêtent de l’argent à l’Hôpital pour une durée d’un an. Au terme des douze mois, ils récupèrent leur mise, avec un rendement de 3,1 % brut. Bref, les citoyens se substituent à la banque.
« Un mécanisme gagnant-gagnant »
Une nécessité expliquée par Léa Thuilleaux, Directrice des affaires financières au CHCB. « Entre le jour où les actes médicaux sont prodigués et le jour où nous recevons le paiement, il se passe plusieurs semaines, environ deux mois, cela entraîne un décalage de trésorerie ». Pour faire tampon, l’Hôpital avait recours jusqu’à présent à l’emprunt bancaire. « Avec ce nouveau dispositif, nous avons une solution qui coûte moins cher à l’hôpital et qui rapporte des intérêts aux citoyens », souligne le Directeur.
« C’est un mécanisme gagnant-gagnant », résume Arthur Moraglia, Président de Villyz. Depuis 2022, cette plateforme de financement participatif intervient au chevet des collectivités territoriales et des établissements de santé. Un Cabinet médical dans la Haute-Vienne, un local pour des sauveteurs en mer dans la Manche, une école de musique dans l’Allier… Villyz s’affiche comme le leader du financement citoyen des acteurs publics locaux. Depuis 2025, c’est au tour des hôpitaux de se laisser séduire par ce mode de financement atypique. Et ça marche. « Nous affichons un taux de réussite de 100 % », se félicite le fondateur de la startup.
Deux fois mieux que le Livret A
Dans le cas de l’établissement de santé basque, l’emprunt citoyen vise à lever jusqu’à 1,5 million d’euros. Toute personne physique peut investir via le site internet de Villyz. Il n’y a aucune condition de résidence ou de seuil d’investissement. « Chacun peut investir à partir de 1 € et jusqu’à un plafond maximum de 100.000 euros », précise Arthur Moraglia. La formule fonctionne partout où la plateforme mène un projet. « Les épargnants ont besoin de savoir où va leur argent et avec nous, ils investissent sur des projets à courte durée qui ont du sens ». Avec un taux du Livret A désormais abaissé à 1,5 % (depuis le 1er février 2026), la rémunération double et sûre offerte par l’opération devrait attirer de nombreux épargnants.
Ce mode de financement en circuit-court « présente l’intérêt d’aller directement au contact de la population », estime Frédéric Espenel. Face à cette nouveauté, l’équipe dirigeante du CHCB démarre cette opération test avec enthousiasme. « Si ça prend chez les autres, ça peut également prendre sur notre territoire », pense Léa Thuilleaux. Les sommes récoltées par ce galop d’essai ne sont pas strictement fléchées. « Il s’agit d’assurer le fonctionnement quotidien de l’établissement », explique son Directeur. Néanmoins, « si cette expérience est un succès, d’autres opérations pourraient être menées pour financer des travaux par exemple ».
D’un côté l’établissement obtient une ligne de crédit à moindre coût par rapport à l’emprunt bancaire. D’un autre côté, les citoyens trouvent ici un placement sûr et mieux rémunéré que les produits classiques sans risque. Néanmoins, ce système qui tend à se généraliser pose une question de fond bien plus profonde. Est-ce au citoyen de pallier le manque d’argent public, surtout en matière de santé ? On voit déjà le risque poindre à l’horizon : celui que les pouvoirs publics considèrent ces apports comme une variable d’ajustement budgétaire, alors que la prise en charge des besoins de santé devrait rester garantie par la solidarité nationale. Face à ces interrogations, le Directeur de l’Hôpital reste pragmatique. « Nous avons un besoin de trésorerie et avec cette solution, nous empruntons moins cher et les citoyens bénéficient d’un placement avantageux ».
