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Vie locale

QUI sont-ils ? Épisode 20

De gauche à droite, de haut en bas : Juan de Huarte, Paul Gelos, Robert Iribarne, Samuel Mac Croskey © DR

Premier épisode de l’année, le numéro 20, sur les personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces hommes au parcours souvent hors du commun.

Juan de Huarte

Une place à Saint Jean Pied de Port porte le nom de ce pionnier de la pensée médicopsychologique.

Né en 1529 à Uhart-Cize, en Basse-Navarre alors espagnole, Juan Huarte de San Juan est l’une des grandes figures intellectuelles du XVIe siècle. Médecin et philosophe, il suit sa famille en Andalousie après le rattachement progressif de sa région natale à la France.

Formé à l’Université de Baeza en philosophie, puis Docteur en médecine à Alcalá de Henares, il exerce avec un grand professionnalisme à Baeza et à Linares. Sa renommée repose sur un ouvrage majeur, Examen de ingenios para las ciencias, publié en 1575. Traduit en sept langues, ce traité est considéré comme le premier à établir un lien entre psychologie et physiologie, en analysant les dispositions naturelles des individus. Bien que critiqué plus tard pour certaines théories médicales jugées étranges, l’ouvrage témoigne d’une réflexion novatrice et rigoureuse. Attirant l’attention de l’Inquisition, le livre est interdit puis expurgé. Juan de Huarte travaille à sa révision jusqu’à sa mort à Linares en 1588. La version corrigée paraît finalement en 1594 à l’initiative de ses enfants et avec l’autorisation du Roi Philippe II, consacrant son héritage intellectuel dans toute l’Europe.

Robert Iribarne

Une avenue à Bayonne et une stèle à Itxassou rendent hommage au Sous-Lieutenant, tombé au combat lors de la Seconde Guerre mondiale.

Né le 27 septembre 1918 à Bayonne, Robert Iribarne se destine d’abord à une carrière civile après des études à l’École supérieure de commerce de Bordeaux.

Appelé sous les drapeaux le 3 novembre 1938, il trouve dans l’Armée de l’air l’occasion de vivre sa passion pour l’aviation. Breveté pilote en février 1939, il est sergent au Groupe de Chasse 1/9 à Oran (Algérie) au moment de la déclaration de guerre, loin des combats européens. Après l’armistice, refusant la passivité imposée par Vichy, il multiplie les démarches pour rejoindre la lutte. Libéré de ses obligations militaires, il s’engage volontairement à Casablanca (Maroc) le 2 octobre 1943 dans le prestigieux régiment de chasse « Normandie-Niémen ».

Arrivé sur le front soviétique en février 1944, il combat sous les ordres du lieutenant Marcel Albert Robert Iribarne se distingue rapidement par son courage, remportant huit victoires aériennes confirmées entre juin 1944 et janvier 1945. Le 11 février 1945, il disparaît aux commandes de son Yak-3 lors d’une mission au-dessus de la Prusse orientale. Sa mort prive la France d’un pilote valeureux et exemplaire.

Paul Gelos

Des voies à Saint Jean de Luz, Ciboure, Mouguerre et Urrugne sont baptisées du nom du résistant.

Engagé volontaire dès 1914, à seulement 17 ans, Paul Gelos incarne une génération sacrifiée par la guerre mais animée par un profond sens du devoir. Envoyé dans les Dardanelles, il est rapatrié sanitaire en 1915 avant de retourner au front. Grièvement blessé dans les Ardennes, il y perd son bras droit, sans jamais perdre sa détermination.

En juin 1940, Secrétaire général de la Mairie de Saint-Jean-de-Luz, il refuse la capitulation de la France. Animé par l’esprit de résistance, il met en place une filière permettant aux travailleurs requis de fuir vers l’Espagne. En 1942, à la demande de Londres, il organise un réseau de résistance sur la Côte Basque, facilitant le passage vers l’Angleterre d’hommes et de documents en provenance de la Gironde. Arrêté le 8 juin 1944, interrogé par la Gestapo à Hendaye puis au Fort du Hâ à Bordeaux, Paul Gelos est déporté en Allemagne au Camp de Dachau où il disparaît le 11 novembre 1944.

Sa vie exemplaire est retracée dans l’ouvrage Les Trois Manchots (2004), hommage à un homme resté fidèle à ses convictions.

Samuel Mac Croskey

Une avenue à Biarritz célèbre le bâtisseur d’une université hors norme.

À l’été 1945, Biarritz devient le théâtre d’une expérience éducative inédite : la création de la Biarritz American University (BAU), la première université américaine installée en France. À sa tête, le Brigadier Général Samuel Mac Croskey, visionnaire pragmatique, chargé d’accompagner la transition des soldats américains vers la vie civile après la Seconde Guerre mondiale.

Pensée dans le cadre du Servicemen’s Readjustment Act, la BAU accueille plus de 10 000 soldats entre août 1945 et mars 1946, faisant d’elle le plus important des trois campus américains d’après-guerre, aux côtés de Florence (Italie) et de Shrivenham, au nordouest de Londres. Faute d’infrastructures universitaires, Mac Croskey transforme la ville entière en campus : casinos, hôtels, villas Belle Époque, plage et anciens commerces deviennent lieux d’enseignement. Sous son impulsion, l’université privilégie une pédagogie novatrice fondée sur l’ouverture culturelle, le débat, la diversité et les activités extra-scolaires.

Bibliothèque face à l’océan, cinémathèque, conférences publiques, concerts et forums animent la cité basque, qui se trouve plongée dans une modernité joyeuse. Éphémère mais marquante, la BAU reste une réussite unique, dont l’héritage influencera durablement l’enseignement supérieur américain.