QUI sont-ils ? Épisode 27
Poursuivons notre série consacrée aux personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue ou un lieu de notre territoire. Des noms que nous croisons chaque jour, devenus familiers avec le temps, sans pour autant connaître l'histoire de celles et ceux qu'ils honorent. Partons à la découverte de ces destins, souvent exceptionnels, qui ont marqué notre patrimoine.
Gabriel Deluc
Une avenue à Bayonne et une rue à Saint-Jean-de-Luz célèbrent le talent basque malheureusement fauché à la guerre. Né à Saint- Jean-de-Luz le 1er octobre 1883, Gabriel Deluc s'impose comme l'une des figures prometteuses de la peinture française du début du XXe siècle. Élève du Maître Léon Bonnat, il intègre très jeune les Beaux-Arts de Paris avant de fréquenter La Ruche, célèbre cité d'artistes où il côtoie notamment Marc Chagall et Ossip Zadkine. Membre le plus jeune de l'École de Bayonne, Gabriel Deluc puise son inspiration dans le Pays Basque, dont il devient l'un des principaux représentants picturaux. Ses oeuvres, exposées au Salon des artistes français dès 1906, lui valent plusieurs distinctions. Parmi elles figurent Le Chevrier, offert à Saint-Jean-de-Luz, et La Danse, acquise par Edmond de Rothschild pour la Ville de Bayonne. Mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale, il sert d'abord comme infirmier avant de rejoindre les troupes combattantes. Promu sous-lieutenant en 1916, il est tué lors d'une mission de reconnaissance à Souain-Perthes-lès- Hurlus (Marne), le 15 septembre de la même année, à seulement 32 ans. Maurice Ravel lui rendra hommage en lui dédiant la Forlane du Tombeau de Couperin.
François Mazon
Un parc à Biarritz perpétue la mémoire de ce marin au grand cœur. Le Parc Mazon est bien plus qu'un simple espace vert. Situé avenue du Maréchal-Joffre à Biarritz, il rappelle la mémoire du Capitaine François Mazon qui légua ce terrain aux enfants de la ville. Accepté par la municipalité en 1911, ce don a donné naissance à un jardin public entièrement rénové en 2003, dans le respect de la volonté de son bienfaiteur. Les allées ont été rendues accessibles à tous et le fronton a retrouvé sa vocation d'accueil des parties de pelote basque. Figure emblématique de la marine basque, François Mazon est né en 1841 et embarque comme mousse avant l'âge de 10 ans sur le Biarrot commandé par Lavernis. Son courage et son talent le conduisent rapidement aux plus hautes responsabilités, et dès 19 ans il est lieutenant en second sur la Ville de Boulogne. Après une brillante carrière sur toutes les mers, il demeure au Brésil et devient agent général des Chargeurs Réunis à Rio de Janeiro, où il oeuvre activement au rayonnement de la France durant une période de profonds bouleversements politiques. De retour à Biarritz, il siège au conseil municipal de 1900 à 1908. À sa disparition, en 1910, il laisse le souvenir d'un marin d'exception et d'un généreux bienfaiteur.
Frédéric de Saint-Jayme
À Saint-Palais, une avenue a été nommée en son honneur. Le Trinquet Saint-Jayme de Saint-Palais est l’un des joyaux du patrimoine local. Inauguré en 1891, il compte parmi les plus anciens trinquets du Pays Basque et demeure l’un des plus remarquables, avec sa charpente métallique montée sur les plans de Gustave Eiffel. Sa construction a été financée par Frédéric de Saint-Jayme, figure marquante de la vie saintpalaisienne. Né en 1862 à Saint-Palais et issu d’une ancienne famille navarraise, il est un généreux mécène, soutenant aussi bien la pelote basque que le monde équestre. Et son engagement dépasse le domaine sportif. Homme politique, écrivain et promoteur de la culture basque, il est nommé membre correspondant de l’Académie de la langue basque (Euskaltzaindia) en 1919. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Au Pays Basque :recueil d’historiettes, bouts-rimés, anecdotes, etc. (1924), il a également contribué à préserver la mémoire des grands pelotaris de son époque. Frédéric de Saint-Jayme est décédé en 1938 à Aïcirits. Plus de 130 ans après son inauguration, le Trinquet qui porte son nom demeure le plus bel hommage à un homme dont l’action a profondément marqué l’histoire et le patrimoine de Saint-Palais.
Julien-Joseph Duler
Une rue à Biarritz et son impasse parallèle rendent hommage au fameux corsaire. Né à Bayonne en 1737 dans une famille originaire de Biarritz, Julien-Joseph Duler s’impose comme l’une des grandes figures maritimes basques du XVIIIe siècle. Entré dans la Marine royale en 1763 comme officier marchand, il participe dès 1765, à bord du Hardi, à une vaste campagne hydrographique aux Antilles. Pendant sept mois, il relève les côtes de Sainte-Lucie, de la Martinique et de la Guadeloupe, effectue des sondages et rédige des mémoires aujourd’hui conservés aux Archives de la Marine. En 1769, à Saint-Domingue, son sang-froid lors d’un violent séisme suivi d’un raz-de-marée permet de sauver de nombreuses vies. Cet acte de bravoure lui vaut la Croix de Saint-Louis. Excellent marin et hydrographe, Julien-Joseph Duler lègue également un mémoire consacré à la pêche à la baleine, mettant en lumière le rôle des baleiniers et corsaires basques. Mort à Rochefort en 1775, il laisse le souvenir d’un officier audacieux, dont la carrière fulgurante l’amena jusqu’à explorer l’Amazonie.
