Qui sont-ils ? Épisode 21
Épisode 21 sur les personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces femmes et hommes au parcours souvent hors du commun.
Gabrielle Dorziat
Une allée à Biarritz rend hommage à l’actrice. Née Marie Sigrist en 1880 à Épernay (Marne), l'artiste découvre très tôt sa vocation. Inspirée par un personnage de Georges Ohnet, elle forge son nom de scène et monte sur les planches avant même d’avoir un an, lors d’une fête scolaire. Formée au Lycée Racine à Paris, elle débute officiellement sa carrière au Théâtre du Parc de Bruxelles en 1900. Figure incontournable du théâtre français, elle interprète avec autorité les grands auteurs de son temps — Bernstein, Giraudoux, Cocteau — et partage l’affiche avec Lucien Guitry ou Louis Jouvet. En 1936, elle entame une carrière au cinéma, où elle incarne des femmes de caractère dans plus de 70 films. Elle reçoit en 1949 le prix féminin du cinéma de la meilleure interprète. Officier de la Légion d’honneur, mariée au Comte Michel de Zogheb, amie de Coco Chanel dont elle adopte très tôt les créations, Gabrielle Dorziat publie ses mémoires en 1968. Elle décède le 30 novembre 1979 à Biarritz, à l’aube de ses cent ans, laissant l’empreinte d’une artiste libre et élégante, ayant consacré sa vie à la scène et à l’écran.
Jacques Dufourcq
Une avenue à Salies de Béarn célèbre le rugbyman. Né le 19 août 1881 à Salies-de-Béarn, Jacques Dufourcq incarne les débuts du rugby tricolore. Médecin de profession, il entre dans l’histoire comme l’international numéro 7 du XV de France et participe au tout premier match officiel de l’équipe nationale, le 1er janvier 1906, face à la Nouvelle-Zélande au Parc des Princes. Devant 3 000 spectateurs, les Français s’inclinent 38 à 8, mais l’événement marque la naissance du rugby international français. Troisième ligne aile de formation, capable d’évoluer en deuxième ligne, Jacques Dufourcq est également titulaire lors du match contre l’Angleterre, le 22 mars 1906, où la France arbore pour la première fois sa tenue tricolore : maillot bleu, culotte blanche et bas rouges. Entre 1906 et 1908, il dispute quatre rencontres internationales pour malheureusement autant de défaites. Formé à Pau puis étudiant en médecine à Bordeaux, il joue notamment au SBUC, au BEC et à la Section Paloise. Champion de France à quatre reprises et fondateur du Stade Salisien en 1906, il revient exercer la médecine dans sa ville natale, dont il devient Maire. Il occupe également les fonctions de Conseiller Général des Basses Pyrénées. Il décède à Salies de Béarn en 1975. Figure du sport et de la vie publique locale, Jacques Dufourcq demeure un pionnier du rugby français.
Léonce Garnier
Une rue à Anglet est baptisée du nom de ce pionnier des airs et as du volant. Né en 1881 à Beaumont (Yonne) et mort en 1963 à Saint-Sébastien, Léonce Garnier, également connu outre-Pyrénées sous le nom de Don Leoncio Garnier, de Calvache, est l’une des figures marquantes des débuts de l’aviation en Espagne. Installé au Pays Basque pour développer un commerce de vins après la crise du phylloxéra, il se passionne très tôt pour l’aviation. En 1909, aux commandes de Blériot XI, il fonde la première école civile d’aviation espagnole à l’Aero Club du Guipuscoa, basé à Saint Sébastien. Visionnaire et audacieux, il devient en 1912 le premier aviateur à traverser les Pyrénées par les airs, reliant Saint-Sébastien à Hendaye en 35 minutes. La même année, il survole la plage de la Concha et construit lui-même un avion. En 1913, il réalise un nouvel exploit en survolant les îles Canaries. Roi des premières, il effectue plusieurs raids au coeur de l’Espagne, notamment vers Salamanque. Après la guerre, Léonce Garnier s’illustre en sport automobile. Concessionnaire Talbot et Citroën, il participe en 1923 aux grandes compétitions de Lasarte et de Boulogne-sur- Mer sur Hispano-Suiza, remportant la Coupe du « Sportsman ». Une plaque et une réplique de son avion à Las Palmas (Espagne), ainsi qu’un timbre commémoratif, honorent ce touche à tout, à la fois aviateur et pilote de course automobile.
Charles Moureu
Plusieurs voies à Mourenx, Pau, Oloron, Lescar ou Paris, portent le nom de ce chimiste de renom. Né en 1863 à Mourenx, dans une famille d’agriculteurs béarnais, Charles Moureu incarne l’ascension d’un enfant des Pyrénées devenu l’un des grands chimistes français du XXe siècle. Élève brillant, formé à l’École supérieure de pharmacie de Paris et docteur ès sciences, il mène de front carrière hospitalière, enseignement et recherche avant d’occuper la chaire de chimie organique au Collège de France. Ses premiers travaux portent sur les acides non saturés et les composés acétyléniques. Élu à l’Académie de médecine puis à l’Académie des sciences, il s’impose comme une figure majeure du monde scientifique. Durant la Première Guerre mondiale, il joue un rôle clé dans l’organisation de la production française de gaz de combat, engagement qui marquera durablement son parcours. Sa découverte majeure survient après-guerre : en étudiant l’acroléine, il met en évidence le phénomène d’autoxydation et identifie les « antioxygènes », capables d’enrayer cette réaction. Ces travaux ouvrent la voie à d’importantes applications industrielles et alimentaires, de la conservation des graisses à la protection du caoutchouc. Pédagogue admiré et auteur des célèbres Notions fondamentales de chimie organique, il s’éteint à Biarritz en 1929 et est inhumé dans le caveau familial au cimetière d’Oloron Sainte Marie. Frère de Félix, ancien maire de Biarritz, il est le père d’Henri, lui aussi chimiste, et avec qui il partage une avenue à Oloron Sainte Marie. Charles Moureu laisse l’héritage d’un savant passionné et engagé au service de la science.
