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Vie locale

Qui sont-ils ? Épisode 22

De gauche à droite, de haut en bas : Albert de L’Espée, Alfred de Vigny, Edmond Sée, Georges Guynemer © DR

Suite de notre série sur les personnages historiques qui ont donné leur nom à une avenue, une rue, ou un lieu de notre territoire. Des noms devenus familiers au fil du temps, mais dont nous ignorons tout ou presque. Partons à la découverte de ces hommes au parcours souvent hors du commun. Épisode 22.

Albert de L’Espée

Une impasse à Bidart porte le nom de l’organiste. Personnage singulier de la Belle Époque, le Baron Albert de L’Espée fascine ses contemporains par son extravagance autant que par sa fortune. Né en 1852 à Metz dans une famille liée aux industriels de Wendel, ce riche héritier mène une existence mondaine avant de se retirer peu à peu dans la solitude de ses nombreuses demeures disséminées en France. Misanthrope assumé et passionné d’orgue, il consacre une grande partie de sa fortune à faire construire des villas spectaculaires, toutes équipées d’instruments monumentaux réalisés notamment par le célèbre facteur Aristide Cavaillé-Coll. Son goût pour la démesure culmine avec le Château d’Ilbarritz, bâti à Bidart autour d’un orgue gigantesque digne d’une cathédrale, plus tard installé à la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. Un instrument sur lequel il joue du Wagner, tel « un titan de la musique », toutes fenêtres ouvertes. Maniaque de propreté et amateur de confort moderne, le Baron étonne également par ses habitudes : il voyage en train avec son lit, sa vaisselle et même son pétrin pour faire son pain. Dans ses propriétés, il impose des règles strictes à ses domestiques et prodigue à ses chiens des soins presque luxueux. Marié en 1883 à Delphine de Bongars, avec qui il a un fils, il est également l’amant de la chanteuse lyrique Biana Duhamel. Décédé à Antibes (Alpes-Maritimes) en 1918, Albert de L’Espée repose à Hayange (Moselle). Longtemps entourée de mystère, son image était inconnue jusqu’à la découverte d’une unique photographie en 2019.

Alfred de Vigny

Des rues à Oloron Sainte Marie, Jurançon ou Pau sont baptisées du nom de ce poète de renom. Alfred de Vigny est l’une des grandes figures du romantisme français. Né à Loches (Indre-et-Loire) en 1797 dans une famille issue de la vieille noblesse militaire, il reçoit une éducation exigeante, marquée par le culte de l’honneur et du devoir. Très jeune, il embrasse la carrière militaire. Officier à partir de 1814, il passe plus de dix ans dans l’armée, une expérience marquée par la routine de la caserne plutôt que par les combats. Ce temps lui permet cependant de lire, d’écrire et de préparer sa vocation littéraire. Alors en garnison à Bayonne, il tombe amoureux d’une Anglaise, Lydia Bunbury, qu’il épouse l’année suivante. Alfred de Vigny rejoint ensuite les milieux littéraires parisiens et fréquente le cénacle romantique autour de Victor Hugo. Il se fait connaître par ses poèmes puis par son roman historique Cinq-Mars (1826), qui contribue à populariser ce genre en France. Il écrit également pour le théâtre et remporte un grand succès avec Chatterton en 1835. Son oeuvre se distingue par une réflexion philosophique et un profond pessimisme. Il y développe l’image du poète ou du soldat comme un être isolé, incompris par la société. Cette vision se retrouve notamment dans Stello ou Servitude et grandeur militaires. Élu à l’Académie française en 1845 après plusieurs tentatives, il se retire progressivement de la vie publique et écrit peu dans la dernière partie de sa vie. Il meurt à Paris en 1863. Son recueil posthume Les Destinées confirme la place singulière de ce poète stoïque et méditatif dans la littérature française du XIXe siècle.

Edmond Sée

Une rue dans sa ville de naissance célèbre le dramaturge. Né à Bayonne le 20 mars 1875, Edmond Sée s’est imposé comme l’une des figures marquantes de la vie littéraire et théâtrale française de la première moitié du XXe siècle. Chroniqueur et critique, il a consacré sa carrière à observer, commenter et nourrir la scène culturelle de son époque. Fils d’un banquier également vice-consul d’Autriche- Hongrie, Edmond Sée suit d’abord une formation de juriste et obtient un doctorat en droit. La Première Guerre mondiale interrompt ce parcours : mobilisé d’août 1914 à janvier 1919, il combat au front pendant deux ans avant d’être affecté à l’intendance. Au lendemain du conflit, sa carrière littéraire est saluée par l’Académie française qui lui décerne en 1919 le prix Monthyon pour son roman Un cousin d’Alsace. L’institution le distingue à nouveau en 1924 avec le prix Toirac pour sa pièce La dépositaire, puis en 1959 pour l’ensemble de son oeuvre. Figure influente du monde du spectacle, Edmond Sée préside durant de nombreuses années la Critique dramatique et dirige en 1939 la Commission de censure des films cinématographiques. Commandeur de la Légion d’honneur, il s’éteint à Neuilly-sur-Seine le 12 novembre 1959.

Georges Guynemer

Des rues à Pau, Assat et Sauvagnon, une avenue à Jurançon, ainsi qu’un lycée à Oloron Sainte Marie, rendent hommage au « chevalier des airs ». Né à Paris le 24 décembre 1894, Georges Guynemer est l’un des aviateurs français les plus célèbres de la Première Guerre mondiale. En vacances avec sa famille à Anglet en 1914 lorsque la guerre éclate, il se rend à Bayonne pour s’engager, mais est refusé par l’armée en raison de sa santé fragile. Déterminé, il réussit néanmoins à entrer dans l’aviation comme mécanicien à l’école de pilotage de Pau, avant d’obtenir son brevet de pilote militaire en 1915. Affecté à l’escadrille des Cigognes, le parisien se révèle rapidement un pilote d’exception. À bord de ses avions souvent peints en jaune et baptisés « Vieux Charles », il accumule les exploits. Courageux et audacieux, il remporte 53 victoires aériennes homologuées et survit à plusieurs crashs. En 1916 et 1917, il s’illustre notamment lors des batailles de Verdun et de la Somme, devenant l’un des symboles de l’aviation française. Promu Capitaine et décoré de la Légion d’honneur, il participe également au développement de nouveaux avions SPAD plus puissants. Le 11 septembre 1917, lors d’une mission au-dessus des Flandres belges, le pilote disparaît en combat aérien près de Poelkapelle. Ni son avion ni son corps ne seront retrouvés. Héros national, son nom reste associé à l’esprit de courage et de sacrifice. Sa mémoire est honorée chaque année par l’armée de l’air française.