Pyrénées-Atlantiques : Une HAUSSE sous surveillance du SURENDETTEMENT
Les dossiers de surendettement repartent à la hausse dans les Pyrénées-Atlantiques. Si le territoire reste l’un des moins touchés de Nouvelle-Aquitaine, la Banque de France alerte sur une tendance qui s’installe depuis deux ans et appelle les ménages en difficulté à réagir dès les premiers signaux.
La hausse se confirme. En 2025, 1 304 dossiers de surendettement ont été déposés dans les Pyrénées-Atlantiques, concernant 1 489 personnes. Le chiffre marque une progression de 9,1 % par rapport à l’année précédente. Une évolution comparable à celle observée au niveau national (+ 9,8 %), mais un peu moins marquée qu’à l’échelle de la Nouvelle- Aquitaine (+ 12,1 %).
Après trois années consécutives de hausse, le département retrouve ainsi un niveau proche de celui de 2019, avant la crise sanitaire. La courbe sur dix ans reste toutefois globalement orientée à la baisse : à l’échelle nationale, le nombre de dossiers est aujourd’hui inférieur de 32 % à celui observé il y a une décennie.
Entre 2015 et 2020, les dépôts avaient diminué progressivement et régulièrement, avant une pause liée à la période du Covid-19. « Mais depuis deux ans, la tendance s’est inversée et la hausse apparaît désormais linéaire », confie Jon Arizmendi, Directeur adjoint de la Banque de France à Bayonne. « Et les premiers chiffres de 2026 confirment cette évolution », ajoute-t-il, « ce qui nous conduit à lancer un message de vigilance ».
Malgré cette progression, les Pyrénées-Atlantiques restent relativement préservés. Avec environ 219 dossiers pour 100 000 habitants, le département est le moins touché de Nouvelle-Aquitaine, bien en dessous de la moyenne régionale (282) et nationale (271).
Un phénomène plus marqué dans les zones rurales
À l’intérieur même du département, les disparités territoriales existent. Le Pays Basque a ainsi enregistré 559 dossiers en 2025.
La moyenne se situe autour de 200 dossiers pour 100 000 habitants, ce qui confirme un territoire relativement préservé par rapport à d’autres régions françaises.
Les territoires ruraux apparaissent plus exposés. Le niveau de vie y est souvent plus faible et la moindre variation de revenus ou de charges peut fragiliser plus rapidement l’équilibre budgétaire des ménages.
« La Commission de surendettement, qui traite ces situations, se réunit à Pau toutes les trois semaines », annonce Marie-Anne Kozlowski, Directrice de la Banque de France à Bayonne. Elle rassemble différents acteurs impliqués dans l’accompagnement des personnes en difficulté : représentants de la Banque de France, services fiscaux, travailleurs sociaux, services de l’État ou encore avocats. Son objectif est d’examiner chaque situation et de proposer une solution adaptée.
Des dettes surtout liées à la consommation et aux charges courantes
Dans le département, l’endettement total des ménages surendettés atteint 45 millions d’euros en 2025. La structure des dettes montre que les crédits à la consommation constituent la principale source d’endettement : ils représentent 40 % des montants.
Les dettes immobilières comptent pour 33 %, tandis que 27 % concernent les charges courantes, comme le loyer, l’énergie, les assurances ou certaines dettes sociales. Au total, seuls 9 % des personnes surendettées possèdent un bien immobilier.
L’endettement médian hors immobilier s’établit à un peu plus de 21.000 euros, tandis que la dette moyenne atteint environ 42.600 euros. Une part importante de ces dettes peut être effacée lorsque la situation financière ne permet pas de remboursement. En 2025, l’encours des dettes effacées dans le département a ainsi atteint 11 millions d’euros, soit près de 22,5 % du total des dettes des dossiers clôturés.
Lorsque la situation le permet, la Commission privilégie des solutions de rééchelonnement. « Les plans de remboursement peuvent s’étaler jusqu’à 84 mois pour les dettes sans bien immobilier, et jusqu’à 300 mois dans le cas contraire », souligne Marie-Anne Kozlowski.
Des profils souvent fragiles et majoritairement isolés
Le profil des ménages concernés révèle une forte précarité économique. Dans les Pyrénées- Atlantiques, 56 % des ménages surendettés vivent sous le seuil de pauvreté.
La majorité dispose de revenus modestes : 57 % perçoivent entre 1.122 et 2.147 euros par mois, tandis que 35,6 % disposent de moins de 1.122 euros. Près de 12 % sont bénéficiaires du RSA et seulement 7,4 % dépassent les 2.147 euros mensuels.
Les situations personnelles montrent également un fort isolement : près de 80 % des personnes concernées vivent seules. Les femmes représentent 54,6 % des dossiers et la tranche d’âge la plus touchée se situe entre 35 et 54 ans, qui concentre un peu plus de la moitié des situations.
Le chômage reste un facteur important de basculement dans le surendettement : environ un quart des personnes concernées se déclarent sans emploi. Plus largement, 76 % appartiennent aux catégories employés, ouvriers ou sans activité professionnelle.
Un autre phénomène attire l’attention des autorités : la progression du surendettement chez les jeunes. Parallèlement, le développement des paiements fractionnés - les règlements en trois ou quatre fois - constitue un nouveau point de fragilité. « Ces crédits ne sont pas intégrés dans le calcul du taux d’endettement des ménages », précise Marie-Anne Kozlowski. Une directive européenne, en cours de transposition, devrait encadrer d’ici la fin de l’année ces pratiques.
Prévenir plutôt que subir la spirale de l’endettement
Selon une enquête CSA menée en 2025, 93 % des personnes accompagnées ont été satisfaites de la qualité de l’accueil et de la prise en charge des demandes de renseignement par la Banque de France.
Pour les institutions, le message reste le même : il faut agir le plus tôt possible. Une perte d’emploi, une séparation ou un accident de la vie peuvent rapidement déséquilibrer un budget. Plus les difficultés sont prises en charge tardivement, plus les solutions deviennent difficiles à mettre en place. La procédure de surendettement peut être demandée par toute personne physique domiciliée en France qui se trouve dans l’impossibilité de faire face à ses dettes et agit de bonne foi. Le dossier est instruit par la Banque de France, qui assure le secrétariat de la Commission départementale.
En parallèle, plusieurs dispositifs d’accompagnement existent. Les Points Conseil Budget (PCB), les Centres Communaux d’Action Sociale ou encore les services sociaux du département proposent un suivi gratuit et confidentiel pour aider les ménages à reprendre le contrôle de leur situation financière. La Banque de France développe également depuis une dizaine d’années des actions d’éducation financière, notamment auprès des jeunes. Des interventions sont organisées dans les collèges et des outils pédagogiques, comme le jeu « Mes questions d’argent », ont été mis en place pour apprendre à gérer un budget.
L’objectif est clair : prévenir le surendettement le plus en amont possible et éviter que des difficultés ponctuelles ne se transforment en spirale financière durable.
Pour tous renseignements : Tél. : 34 14 et www.banque-france.fr.
