POURQUOI et COMMENT nomme-t-on les TEMPÊTES ?
La tempête Goretti, qui a traversé plusieurs départements français la semaine dernière, dont les Pyrénées-Atlantiques, a rappelé combien ces phénomènes météorologiques peuvent avoir de grandes conséquences sur notre quotidien. Derrière ce prénom désormais associé à des rafales soutenues et à des perturbations locales se cache un système de dénomination précis, pensé pour mieux informer le public et renforcer la prévention face aux risques.
Goretti. Un nom qui évoque celui d'une Sainte et martyre Italienne, résonne encore à travers la France. Nommer une tempête répond d’abord à un enjeu de clarté. Avant la généralisation de cette pratique, les dépressions étaient désignées par des descriptions techniques ou par leur localisation approximative. Cela compliquait la compréhension du public et la diffusion des messages d’alerte. L’attribution d’un nom unique permet d’identifier immédiatement un événement météorologique, de suivre son évolution dans le temps et d’éviter toute confusion, notamment lorsque plusieurs perturbations se succèdent ou se produisent simultanément.
Ce choix s’inscrit également dans une logique de prévention. Les études menées par les organismes météorologiques montrent qu’un phénomène clairement identifié et nommé est mieux mémorisé par le public. Les consignes de sécurité sont ainsi plus facilement relayées et prises en compte, ce qui contribue à limiter les conséquences humaines et matérielles des épisodes les plus violents.
Un système coordonné à l’échelle européenne
En Europe, la nomination des tempêtes s’est structurée progressivement. Si certains pays, comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, avaient mis en place des systèmes nationaux dès le début des années 2000, une véritable coordination européenne a vu le jour en 2017 afin d’harmoniser les pratiques. Le continent est désormais divisé en plusieurs groupes régionaux, chacun composé de services météorologiques nationaux travaillant de concert.
La France fait partie du groupe « Ouest », aux côtés de l’Espagne, du Portugal, de la Belgique et du Luxembourg. Lorsqu’une dépression est susceptible d’engendrer des vents forts (à partir de 119 km/h) ou des dégâts significatifs dans cette zone, le service météorologique du pays qui anticipe en premier ces impacts se charge de la nommer. Une fois attribué, le nom est utilisé de manière uniforme par l’ensemble des pays concernés, même si les effets de la tempête varient selon les territoires. Ce fonctionnement collectif permet d’assurer une cohérence de l’information à l’échelle européenne et de renforcer la lisibilité des bulletins météorologiques, en particulier dans un contexte où les phénomènes extrêmes tendent à se multiplier.
Des critères précis
Contrairement à une idée reçue, les prénoms attribués aux tempêtes ne sont pas choisis au hasard. Chaque groupe régional établit, plusieurs mois à l’avance, une liste de noms destinée à couvrir l’ensemble de la saison. Ces listes respectent une alternance stricte entre prénoms féminins et masculins et suivent le plus souvent un ordre alphabétique, afin de simplifier leur attribution au fil des événements.
Les critères de sélection sont rigoureux. Les prénoms doivent être courts, facilement prononçables et compréhensibles dans les différentes langues parlées au sein du groupe concerné. Toute référence pouvant être perçue comme politique ou culturellement sensible est exclue, de même que les noms susceptibles de prêter à confusion ou de provoquer des interprétations inappropriées.
Par ailleurs, lorsqu’une tempête se distingue par une violence exceptionnelle, des dégâts majeurs ou des pertes humaines importantes, son prénom peut être retiré définitivement des listes futures. Cette pratique, également appliquée pour les ouragans dans d’autres régions du monde sous l’égide de l’Organisation météorologique mondiale, vise à éviter qu’un nom associé à un événement traumatisant ne soit réutilisé.
Si la nomination des tempêtes améliore la lisibilité de l’information, certaines études avancent que les phénomènes portant des noms féminins auraient été, par le passé, plus meurtriers. En cause, une sous-estimation du danger par le public. Cette conclusion reste toutefois discutée, car de nombreux facteurs (intensité réelle, contexte historique, densité de population ou qualité des alertes) influencent les bilans humains. Elle invite surtout à interroger la manière dont les messages de risque sont perçus et relayés.
