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Vie locale

Pays Basque : Une économie AFFAIBLIE par une consommation ralentie

Marie-Anne Kozlowski, Directrice de l’Antenne Économique de la Banque de France de Bayonne, et André Garreta, Président de la CCI Bayonne Pays Basque © CJ

Au premier semestre 2026, les entreprises du Pays Basque ont vu leurs carnets de commandes se réduire, leurs marges s’éroder et leurs trésoreries se tendre. Tel est le constat présenté le 13 octobre 2026 lors du point économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie Bayonne Pays Basque, un rendez-vous qui a mis en évidence un ralentissement du marché local qui touche plusieurs secteurs, sur fond d’incertitudes économiques et de consommation en baisse.

Le constat est sans équivoque, « la baisse de la demande pèse désormais directement sur l’activité des entreprises du Pays Basque », a résumé André Garreta, Président de la CCI Bayonne Pays Basque, lors de la présentation du baromètre semestriel, organisée dans les locaux de la chambre consulaire. À ses côtés, Marie-Anne Kozlowski, Directrice de l’antenne économique de la Banque de France de Bayonne, a apporté un éclairage sur la conjoncture nationale et internationale.

Un contexte économique qui pèse sur le territoire

L’économie basque dépend en partie des variations des marchés mondiaux. Comme l’a rappelé Marie-Anne Kozlowski, l’environnement international continue de subir des chocs successifs depuis 2020, entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient pesant sur le pétrole, politiques protectionnistes, crise de l’énergie, le retour de la guerre ou encore une pandémie mondiale et des incertitudes budgétaires. Si la croissance mondiale fait preuve d’une certaine résistance à 3 %, la France ne s’en tire pas si bien avec une prévision de PIB limitée à 0,4 % pour 2026.

L’enquête, menée du 3 au 8 juillet 2026 auprès de 4 115 entreprises de Nouvelle-Aquitaine, dont 217 du Pays Basque, confirme un ralentissement de la dynamique économique. Au premier semestre, 42 % des entreprises interrogées ont enregistré un recul de leurs carnets de commandes. La fréquentation a diminué pour 37 % d’entre elles, tandis que la même proportion a vu son chiffre d’affaires baisser. Après plusieurs semestres marqués par la hausse des coûts, les entreprises doivent désormais composer avec un autre problème : des clients qui achètent moins, ou reportent leurs achats.

Un tableau économique plombé par quatre facteurs déterminants

La CCI identifie quatre points de vigilance : la démographie des entreprises, les tensions sur l’emploi, le recul de la demande et la dégradation des équilibres financiers. Les chiffres de la démographie entrepreneuriale sont un signal d’alerte majeur. Au premier semestre, 2 114 entreprises ont été immatriculées, soit 15 % de plus qu’un an auparavant. Toutefois, les radiations ont augmenté bien plus fortement, de 44 %, pour atteindre 2 282. Le territoire affiche donc un solde négatif de 168 entreprises, alors qu’il était positif de 256 au premier semestre 2025. C’est une première depuis trois ans. Les procédures collectives progressent également de 11 % tandis que les liquidations judiciaires simplifiées explosent avec + 106 %.

Deuxième difficulté : l’emploi. Les recrutements hors intérim ont progressé de 7 % sur un an à fin juin, contre 3,8 % en Nouvelle- Aquitaine. Pour autant, les demandeurs d’emploi sont plus nombreux : 24 502 personnes en catégories A, B et C, soit une hausse de 3,4 % sur un an. Le taux de chômage atteint 6,3 %, un niveau qui reste inférieur aux moyennes régionale et nationale. Les besoins des entreprises s’avèrent donc bien présents, mais les recrutements ne vont pas toujours à leur terme. Parmi les dirigeants confrontés à des besoins de recrutement, 58 % déclarent des difficultés, principalement faute de candidats ou en raison de profils inadaptés.

Le troisième point est le recul de la demande. Celle-ci est désormais la première difficulté citée par les entreprises, devant l’inflation et le poids des charges. Elle est mentionnée par 35 % des dirigeants interrogés, contre 23 % pour l’inflation et 20 % pour les charges. Les coûts du carburant et des matières premières restent également des préoccupations. Les entreprises doivent donc absorber des dépenses élevées tout en réalisant moins de ventes.

Les marges et les trésoreries se dégradent en conséquence. Au premier semestre, 34 % des entreprises ont constaté une baisse de leurs marges. Les délais de paiement pèsent également sur les finances. Pour conserver leurs clients, certains dirigeants choisissent de ne pas répercuter l’ensemble de leurs coûts, au risque de réduire encore leur rentabilité. À terme, ces tensions impactent négativement les investissements.

Pour autant, le ralentissement ne signifie pas que l’activité s’arrête. Certains secteurs résistent, des entreprises continuent de recruter et des investissements ont été réalisés. Néanmoins, les dirigeants se débattent dans un marché où l’incertitude devient la norme et où la prise de décision n’est pas simple.

Consommer local, un enjeu stratégique de territoire

Face à cet essoufflement généralisé des ventes, le Président André Garreta a insisté sur l’urgence de privilégier la consommation locale. Pointant du doigt le réflexe d’achat vers les géants mondiaux de l’e-commerce tels qu’ Amazon, Shein ou Temu, il a appelé à un sursaut de responsabilité de la part des ménages et des donneurs d’ordres.

Des initiatives de mise en réseau cherchent ainsi à rapprocher l’offre et la demande locales, qu’il s’agisse de stimuler la commande publique régionale, de favoriser les flux d’affaires entre entreprises du territoire ou d’accompagner l’installation de commerces en centre-bourg via des outils fonciers dédiés.

Dans ce paysage complexe, le moral des patrons locaux révèle une ambivalence très marquée. Seuls 20 % des dirigeants se disent confiants dans l’avenir de l’économie française et 19 % dans l’économie mondiale. Pourtant, 71 % conservent une confiance solide dans la pérennité de leur propre entreprise, dans les compétences de leurs équipes et leur capacité d’adaptation.

En parallèle, les relations institutionnelles entre la CCI Bayonne Pays Basque et la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB) évoluent vers une recherche de concertation accrue. L’enjeu s’oriente vers une clarification des compétences et une meilleure lisibilité des actions de développement économique sur le territoire. Un dialogue technique et politique dont la stabilité demeure essentielle pour l’accompagnement des TPE-PME locales dans cette période d’incertitude.

Les chiffres par secteur d’activité
• Industrie : Les carnets de commandes se réduisent pour 41 % des structures, le chiffre d’affaires recule de 38 % et le solde d’opinion sur les marges s’effondre à - 33 points au premier semestre. Les effectifs résistent néanmoins et le Port de Bayonne maintient une orientation positive à mi 2026 avec 1,07 million de tonnes traitées.
• Construction (BTP) : Le secteur reste particulièrement affecté par le manque de dynamisme de la demande, 32 % des entreprises constatent une baisse du chiffre d’affaires, 48 % déplorent des marges en baisse et un recul des effectifs. Toutefois, une possible stabilisation du marché est attendue pour ce deuxième semestre 2026.
• Commerce : 37 % des entreprises déclarent une dégradation de leur activité. La situation apparaît toutefois à deux vitesses avec un commerce de périphérie qui parvient à développer son chiffre d’affaires, alors que le commerce de centre-ville souffre lourdement d’une baisse de fréquentation due à une diminution du pouvoir d’achat et à des vagues de chaleur estivales qui ont poussé la clientèle vers les grands centres climatisés.
• Services (hors CHR) : La branche montre une résistance supérieure grâce à des ajustements tarifaires qui ont permis de préserver la trésorerie et de maintenir des investissements au premier semestre.
• Cafés-Hôtels-Restaurants (CHR) : Le début d’année s’avère frileux sous l’effet des arbitrages budgétaires des ménages, un phénomène qui a immanquablement entraîné une baisse de fréquentation pour 41 % des professionnels et une chute du chiffre d’affaires pour 36 %.
• Tourisme : Le bilan semestriel s’avère passable au vu des chiffres de fréquentation. Une situation qui semble s’améliorer puisque 82 % des professionnels du secteur jugent la haute saison estivale comme satisfaisante, notamment grâce au retour de la clientèle étrangère. 54 % déclarent un chiffre d’affaires en hausse par rapport à 2025.