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Vie locale

Pays Basque : Ressource en EAU, le DÉFI majeur de demain

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Vendredi 29 mai 2026, à l’Espace de l’Océan d’Anglet, élus, chercheurs, professionnels et citoyens ont débattu de l’avenir de l’eau au Pays Basque. Face à des modélisations qui anticipent une baisse minimale possible de près de 50 % de la ressource en eau disponible (dans la Nive et la Nivelle) à l’horizon 2060-2070, les échanges ont exploré les pistes d’adaptation nécessaires pour préserver la résilience du territoire.

La raréfaction de la ressource en eau n’est plus une hypothèse lointaine pour le Pays Basque. Les effets du changement climatique se font déjà sentir sur les cours d’eau, les usages agricoles et l’approvisionnement des populations. C’est dans ce contexte que s’est tenue la conférence-débat « L’eau au Pays Basque face au changement climatique : comment s’adapter ? », organisée dans le cadre du projet scientifique PAGAIE et du programme PISE - Projets à Impacts Sociétaux et Environnementaux - du CNRS. Co-organisé avec la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB), l’événement a rassemblé un public diversifié : des représentants du monde économique et industriel, des acteurs du secteur agricole et du pastoralisme, des agents publics, des associations — dont la Water Family qui a notamment animé les ateliers pédagogiques et la soirée débat — ainsi que quelques citoyens. Ce rendez-vous faisait suite à des ateliers d’intelligence collective menés en novembre 2025 auprès de 80 personnes pour analyser la situation des bassins versants de la Nive et de la Nivelle.

L’enjeu de l’eau au Pays Basque

Les données scientifiques présentées lors de cette soirée mettent en lumière une rupture majeure dans le cycle local de l’eau. Dans la continuité des tendances actuelles, les projections climatiques indiquent une hausse continue des températures toutes saisons confondues d’ici 2070 — et après également. Même sans changement dans les régimes de précipitations, cette évolution des températures est donc déjà responsable d’une baisse structurelle de l’eau disponible sur le territoire (du fait de l’augmentation du phénomène d’évapotranspiration*). Alors que les pluies hivernales (octobre à mars) devraient rester stables, cette baisse de l’eau disponible devrait être accentuée par une baisse importante des précipitations estivales (avril à septembre).

Selon Jean-Baptiste Marinot, Directeur général adjoint en charge de l’eau, du littoral et des milieux naturels à la CAPB, la convergence des modèles climatiques table sur une diminution majeure de la disponibilité de la ressource en eau d’ici 2050. À l’échelle locale, cette vulnérabilité naturelle est accentuée par l’imperméabilisation croissante des sols liée à l’urbanisation, un facteur qui limite directement la recharge des nappes phréatiques d’après Elias Ganivet, Chercheur post-doctorant au CNRS à Rennes. Les participants ont rappelé que cette pénurie n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité opérationnelle immédiate : « À la fin de ce mandat, il y aura moins d’eau qu’au début de ce mandat », a affirmé Jean-Baptiste Marinot. Au cours de la soirée, ce dernier a également rappelé que l’épisode de sécheresse historique de 2022 a déjà provoqué des ruptures d’approvisionnement problématiques pour certaines industries du territoire et que ce phénomène devrait s’accentuer dans le futur.

Une stratégie de transformation en cours d’élaboration

La véritable élaboration de la stratégie territoriale ne réside pas ici dans une juxtaposition de mesures techniques préconçues, mais plutôt dans la mise en oeuvre d’une méthode d’accompagnement innovante pensée pour aligner tous les acteurs. C’est tout l’enjeu des travaux d’Elias Ganivet, Chercheur et animateur de la soirée, dont la démarche scientifique vise à concevoir un modèle d’intelligence collective capable de faire dialoguer de manière horizontale la parole des chercheurs, l’action des élus, les impératifs des acteurs économiques et la vision des citoyens. Cette méthodologie de co-construction cherche à lever les blocages sociologiques et politiques pour dessiner une trajectoire globale et cohérente. L’objectif fondamental est ici d’embarquer l’ensemble de la société locale dans la transition afin que personne ne subisse le changement, une façon aussi de garantir l’acceptabilité sociale des futures décisions réglementaires. « Je pense qu’il faut repartir de la base des territoires pour travailler ces questions d’adaptation », précise le jeune Docteur en science environnementale.

C’est au sein de ce cadre de réflexion partagé qu’ont été explorées diverses pistes d’action hypothétiques issues de tables rondes thématiques. Des solutions qui seront peut-être amenées à nourrir la stratégie émergente de la gestion de l’eau entreprise par la CAPB. Jean-Baptiste Marinot a par ailleurs déclaré cet enjeu comme la priorité numéro une de la nouvelle présidence de l’Agglomération Pays Basque. De nombreuses solutions évoquées lors de la soirée seraient d’ailleurs déjà à l’étude dans les couloirs de l’instance territoriale, comme par exemple la faisabilité d’une tarification progressive et saisonnière de l’eau. Pour les entreprises, la transition s’oriente vers des outils comme des diagnostics hydriques gratuits cofinancés par l’Agglomération et la réutilisation des eaux de processus, à l’image des expérimentations de la Brasserie du Pays Basque située à Bardos.

Des territoires moteurs de changement

Le Pays Basque s’inscrit ici dans une démarche de territoire pilote à l’échelle nationale. La méthodologie déployée, baptisée « Trajectoire Eau et Territoire », a d’abord été expérimentée et validée sur l’Agglomération de Lorient, dans le Morbihan. En s’engageant dans cette démarche, le Pays Basque affirme sa volonté d’agir en refusant toute posture attentiste. Si la méthode de modélisation prospective a initialement fait ses preuves sur le périmètre breton, sa transposition ici teste la souplesse du dispositif en confrontant directement la méthode à la réalité géographique et politique locale. Le Pays Basque doit en effet composer avec des contraintes physiques et humaines bien particulières : un relief montagnard marqué qui fragmente la ressource, un territoire transfrontalier partagé avec l’Espagne, et une identité socio-économique forte où le pastoralisme et le tourisme d’été pèsent lourdement sur les usages et tensions de la ressource en eau. Loin de calquer un modèle standardisé avec des solutions préconçues, l’équipe de scientifiques incite les acteurs locaux à s’approprier l’outil pour faire du territoire une zone résiliente, grâce à des solutions réellement adaptées aux besoins et spécificités du territoire.

Sensibilisation, pédagogie et engagement citoyen

Pour que le Pays Basque échappe à l’inaction et s’adapte à temps, la vulgarisation des données scientifiques et l’appropriation des enjeux par la population locale constituent une étape indispensable. L’effort mené sur le territoire actuellement vise donc à sortir la gestion de l’eau des cercles purement techniques pour en faire un sujet de débat public permanent.

Il s’agit d’abord d’un travail de pédagogie pour faire comprendre les paradoxes du climat basque, en expliquant par exemple comment une région si verdoyante et arrosée peut se retrouver en situation de vulnérabilité et de tension hydrique sous l’effet de la hausse des températures et de l’évapotranspiration. Cette sensibilisation doit faire évoluer les représentations culturelles de l’abondance qui freinent encore la prise de conscience collective. Si traduire les modèles hydroclimatiques complexes de la Nive ou de la Nivelle en scénarios concrets du quotidien peut stimuler un engagement citoyen actif, alors le pari est gagné. Cette mobilisation est un levier nécessaire pour légitimer et asseoir les futurs changements de comportements, tout en assurant aux élus un soutien dans la mise en oeuvre de choix politiques parfois complexes ou impopulaires.

Des idées et des leviers d’actions

Lors de la soirée, des pistes d’action concrètes ont émergé des discussions engagées autour des différentes tables rondes thématiques. Sur le sujet des réseaux urbains et domestiques, les discussions ont mis en avant la généralisation des économiseurs d’eau et l’installation de compteurs individuels et intelligents visant à responsabiliser les foyers tout en permettant une tarification évolutive et saisonnière. Face au défi de l’urbanisation, les citoyens et professionnels ont poussé pour des solutions fondées sur la nature, en préconisant notamment de vastes projets de renaturation en ville et une protection stricte des zones humides pour retenir efficacement l’eau dans les sols. Côté entreprises, la sobriété s’oriente vers des diagnostics hydriques gratuits et la réutilisation des eaux de processus. Enfin, pour les secteurs agricole et pastoral, le soutien à l’agroécologie et l’aménagement d’estives adaptées au débit réel des sources ont été jugés centraux.

Pour le Chercheur Elias Ganivet, les leviers d’actions les plus cruciaux restent la limitation des besoins, la mise en place de pratiques qui retiennent l’eau sur le territoire et l’accompagnement économique de la transition. De son côté, Jean-Baptiste Marinot évoque une sobriété nécessaire, la limitation de la pression anthropique sur l’environnement et enfin, la préservation des sols via la sauvegarde des zones humides et la renaturation en ville.

Les échanges qui ont eu lieu lors de cette conférencedébat confirment que la transition hydroclimatique du Pays Basque est un chantier au long cours qui dépasse la simple gestion technique et ponctuelle de la pénurie. Si les propositions citoyennes émises par les participants ne constituent pas un inventaire exhaustif de solutions applicables immédiatement, c’est une pierre qui s’ajoute à l’édifice et qui viendra enrichir et nourrir les réflexions actuelles de la Communauté d’Agglomération. Pour bâtir des stratégies véritablement adaptées, efficaces, viables et inclusives, ce type d’événement trouvera sa place parmi d’autres outils de concertation plus conventionnels. On peut donc s’attendre à l’avenir à voir apparaître de nouvelles modélisations et des rendez-vous complémentaires, indispensables pour affiner les trajectoires et assurer des décisions futures qui prennent en compte l’ensemble des sensibilités, des usagers et des spécificités du territoire.

Diagnostics et prospectives de l’eau sur le territoire Pays Basque
Le Pays Basque bénéficie historiquement d’une situation géographique privilégiée puisque le périmètre de la Communauté d’Agglomération Pays Basque constitue l’une des zones les plus arrosées de France avec environ 1 600 mm de précipitations annuelles en moyenne, un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale établie à 900 mm. Ce flux annuel est fortement saisonnier puisque 60 % des pluies se concentrent d’octobre à mars. Ces précipitations se répartissent naturellement entre l’évapotranspiration (49 %), le rechargement des nappes phréatiques (38 %) et le ruissellement (13 %).
Pourtant, les évolutions passées du climat local témoignent déjà d’une rupture nette caractérisée par une tendance à l’augmentation des températures moyennes, de l’ordre de 2 à 3 °C, tant sur la période hivernale qu’estivale. Par effet de rebond, cette hausse thermique accroît la proportion d’eau captée par l’évapotranspiration au détriment des volumes restants, ce qui entraîne une diminution de l’eau disponible malgré la relative stabilité des pluies globales. À l’avenir, cette augmentation continue des températures pourrait mener à une situation alarmante où un été historiquement chaud comme celui de 2022 deviendrait un été exceptionnellement frais après 2050. Les prévisions affichent des tendances contrastées selon les saisons. Si peu d’évolutions sont attendues sur les précipitations hivernales, les modèles prévoient une diminution de l’ordre de 12 % à 26 % des précipitations estivales à l’horizon 2060-2070, couplée à une accentuation des événements pluvieux intenses sur les deux périodes de l’année.
Faut-il pour autant s’attendre à ne plus avoir d’eau au Pays Basque ? La réponse scientifique est négative. Le territoire restera relativement humide, car, même après cette baisse estivale, il recevra toujours plus d’eau que ce dont dispose actuellement une majorité de régions en France. En revanche, cette baisse globale de 40 % de la disponibilité de la ressource d’ici 2050 provoquera des modifications marquées à l’échelle locale sur l’hydrologie des bassins versants et sur les paysages, ainsi qu’un accroissement inévitable des tensions, d’autant que la consommation moyenne d’un habitant du Pays Basque s’élève à 195 litres par jour, un niveau bien supérieur aux moyennes nationales.
À l’horizon 2060-2070, les projections les plus pessimistes mettent en évidence des risques hydrologiques majeurs, à commencer par une diminution marquée des débits des cours d’eau en été allant de - 35 % à - 46 %, compensée par une hausse significative en hiver de l’ordre de + 5 % à + 65 %. Sur la Nivelle, le dépassement du seuil de crise lié aux sécheresses sera 3,4 fois plus fréquent et s’étalera sur de plus longues durées, tandis que sur la Nive, les crues deviendront 1,5 fois plus fréquentes avec un débit moyen 30 % plus intense. Concernant les nappes phréatiques, les niveaux seront globalement plus bas en toutes saisons sauf en hiver, les baisses les plus importantes étant attendues à l’automne et localisées principalement sur les hauts de versants.
Enfin, la demande non satisfaite de prélèvements souterrains sera multipliée par 3,5 en moyenne. Cette vulnérabilité sera toutefois variable selon les points de captage, car l’impact restera relativement faible sur les sources de Laxia et d’Itxassou, mais s’avérera beaucoup plus marqué sur le forage d’Errepira à Larressore. Face à ce constat, les scientifiques rappellent le rôle clé de la préservation des zones humides pour stocker l’eau, l’urgence de limiter le ruissellement et la nécessité d’adapter les territoires aux inondations, un enjeu qui concerne directement 1,4 million d’habitants à l’échelle du bassin Adour-Garonne.

Évapotranspiration* : processus par lequel l’eau liquide terrestre est renvoyée dans l’atmosphère environnante sous forme gazeuse. L’eau est captée puis transpirée par la végétation ou évaporée en surface par les sols.