MYTHOLOGIES : Du Mont Olympe au Mondarrain
Issu du latin legenda, légende signifie littéralement ce qui doit être lu. Une invitation à transmettre, à préserver et à comprendre. C’est le pari de l’exposition Mythologies, présentée au Musée Bonnat-Helleu de Bayonne : rappeler que les mythes ne sont pas de simples fables, mais les fondements culturels des civilisations. Et que l’Aquitaine, elle aussi, possède son propre panthéon.
Homère, Hercule, Isis, Quetzalcóatl… Ces noms appartiennent à notre imaginaire collectif. Pourtant, aux abords des Pyrénées, d’autres récits ont longtemps façonné les croyances locales avant d’être progressivement éclipsés par le mythe catholique.
« Le mythe est un récit qui est cru au sein du groupe culturel dans lequel il est transmis », rappelle Barthélemy Etchegoyen Glama, Directeur du Musée Bonnat-Helleu et Commissaire de l’exposition temporaire Mythologies. Cette dernière a ouvert ses portes au public le 8 juillet 2026 et se prolongera jusqu’au 9 novembre prochain.
À travers près d’une centaine d’œuvres venues des quatre coins du monde, Mythologies met en dialogue les grandes cosmogonies avec les traditions pyrénéennes, dans un parcours pensé comme un véritable labyrinthe. Le visiteur suit son propre « fil d’Ariane », passant des Titans grecs aux laminak basques, des hommes sauvages (basajaunak) au Cyclope Tartalo, des divinités égyptiennes aux croyances des montagnes basques.
Hartza, L'homme-ours, par Thomas Loyatho, 2025 © LPA
L’exposition rappelle que les grandes questions sont universelles : comment le monde est-il né ? Pourquoi le mal existe-t-il ? Que deviennent les héros ? Chaque civilisation y répond avec ses propres récits. Et c’est avec un certain amusement que l’on distingue de nombreuses similitudes.
La mythologie aquitaine reste pourtant beaucoup moins documentée que celles de la Grèce ou de l’Égypte. Une partie de ces traditions s’est effacée avec l’essor du christianisme. Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que des érudits français et espagnols entreprennent un vaste travail de collecte des contes et croyances populaires, sauvant de l’oubli une partie de ce patrimoine oral millénaire.
Le visiteur découvre ainsi les divinités aquitaines connues grâce aux inscriptions antiques. Parmi elles figure Leherenn, souvent rapproché du dieu Mars pour les Romains, ou encore Abelion, dont un autel votif constitue l’une des très rares représentations connues. Plusieurs de ces noms survivent aujourd’hui dans la toponymie locale, rappelant que les paysages conservent parfois mieux la mémoire que les livres.
Des trésors venus du Louvre… jusqu’à Bayonne
Pour cette première exposition temporaire depuis la réouverture du Musée, le partenariat avec le Louvre prend une dimension spectaculaire.
Léon Bonnat n’a d’ailleurs jamais légué directement sa collection à la Ville de Bayonne. À sa mort, son immense collection entre d’abord dans les collections nationales avant d’être déposée durablement dans son Musée éponyme. Aujourd’hui encore, 2 855 œuvres conservées à Bayonne appartiennent juridiquement à l’inventaire du Musée du Louvre. Une singularité qui fait dire aux équipes du Musée que « le Louvre est présent à Bayonne ».
Cette relation privilégiée se matérialise par quarante prêts exceptionnels, parmi lesquels le célèbre buste d’Homère, plusieurs chefs-d’œuvre antiques, ainsi que le remarquable Vase d’Ishtar, datant du IIème millénaire avant notre ère, témoignage exceptionnel de la civilisation mésopotamienne. L’exposition bénéficie également de prêts majeurs du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac.
Certaines œuvres possèdent une valeur patrimoniale quasiment inestimable. Le Saint Georges combattant le dragon de Raphaël, prêté par le Louvre, constitue l’un des sommets de la Renaissance italienne. Le célèbre héros chrétien y terrasse un dragon, figure que l’on retrouve, sous des formes étonnamment proches, dans de nombreuses mythologies du monde. L’exposition réussit d’ailleurs habilement à faire dialoguer entre elles certaines œuvres parfois séparées par plusieurs salles dans leur musée respectif, créant une mise en scène très juste et inédite.
Le serpent (et plus largement, le reptile), justement, apparaît comme l’un des grands fils rouges de l’exposition. Tantôt créateur, protecteur ou destructeur, il traverse les civilisations, de la
Méditerranée au Mexique, jusqu’aux Pyrénées où la mystérieuse Femme au serpent dialogue avec le dieu aztèque Quetzalcóatl.
La mythologie japonaise est également représentée, avec le mythe d’Amaterasu ou encore les Bakemono (littéralement, choses qui changent), petits démons qui se cachent parmi les objets du quotidien.
Parmi les autres prêts remarquables figure également la Pierre d’Oô, exceptionnellement prêtée par le Musée des Augustins de Toulouse. Cette stèle gravée est considérée comme l’une des plus anciennes représentations cosmologiques connues dans les Pyrénées et témoigne de l’ancienneté des croyances locales.
Chronos léontocéphale. Mithraeum de Sidon © LPA
Un musée qui raconte une histoire universelle
Avant sa réouverture, le Musée Bonnat-Helleu tablait sur 100 000 visiteurs au terme de sa première année d’exploitation. Un objectif ambitieux qui a pourtant été atteint après seulement un peu plus de 6 mois. Ce chiffre traduit une volonté plus profonde : faire de Bayonne une destination culturelle majeure. « C’est un chiffre qui nous rend humbles », confie Barthélemy Etchegoyen Glama.
« On suscite une forme de curiosité qu’il faut désormais satisfaire. » Pour le Directeur, cette première exposition temporaire constitue un véritable manifeste. « C’est un signal fort, un marqueur de ce que veut être ce musée. »
Le choix du thème des mythologies n’a rien d’anodin. Il permet de faire dialoguer le patrimoine local avec les plus grandes civilisations du monde, tout en réunissant chercheurs, amateurs d’art et grand public autour d’une même interrogation : pourquoi les hommes racontent-ils des histoires ?
Il n’existe pas d’établissement affichant une telle ambition à moins de deux heures de Bayonne. Grâce à son partenariat inédit avec le Louvre, à ses collaborations scientifiques et à sa collection exceptionnelle, le Musée Bonnat-Helleu affirme une identité singulière : raconter l’universel sans jamais perdre de vue ses racines.
Le panthéon aquitain, représenté sur des autels votifs. © LPA
En faisant dialoguer Homère avec les mascarades souletines, Héraclès avec la princesse Pyrène, dont la légende explique la naissance de la chaîne des Pyrénées (nous y reviendrons dans un prochain article), ou encore les dieux grecs avec ceux de l’Aquitaine antique, Mythologies rappelle finalement une évidence : les grands récits ne viennent pas toujours d’ailleurs. Certains naissent tout près de chez nous.



