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Vie locale

La Maison d'arrêt de BAYONNE au cœur du débat

Le Bâtonnier Alain Larrea (à droite) aux côtés de Bertrand Bouvet, au sein de la Maison de l’Avocat à Bayonne © YR

Dans le quartier Saint-Esprit, la prison bayonnaise accueille 160 détenus. Surpopulation carcérale, vétusté des lieux et personnel éreinté… Après une visite en mars 2025, les Avocats au Barreau de Bayonne publient un rapport alarmant.

« On se doit de le dénoncer car il s’agit de la Maison d’arrêt de notre Barreau », alerte Bertrand Bouvet. Avocat inscrit au Barreau bayonnais, le pénaliste a visité la prison basque en compagnie de son confrère Francisco Sanchez Rodriguez. Tous deux étaient missionnés par le Bâtonnier Alain Larrea qui, en vertu de l’article 719 du Code de procédure pénale, peut visiter à tout moment les lieux de privation de liberté. L’Ordre des Avocats rend public le rapport rédigé par les deux juristes dans l’espoir de faire évoluer la situation. « Nous devons multiplier les alertes pour que cela change », estime le Bâtonnier.

Au cours de leur visite, les deux juristes ont eu accès à toutes les pièces et toutes les cellules de la Maison d’arrêt de Bayonne. « J’ai été particulièrement choqué par l’humidité, de voir des personnes dans des conditions aussi indignes », déplore Maître Sanchez Rodriguez. Des conditions d’un autre temps, liées au cumul de deux facteurs. D’une part, l’ancienneté du bâtiment et, d’autre part, la surpopulation carcérale. Les deux ingrédients combinés conduisant à un cocktail explosif menant parfois à des drames comme le décès de détenus, survenus notamment en juillet 2025 et mars 2026.

Détenus et personnel en détresse

« On juge la qualité d’une démocratie à l’état de ses prisons », rappelle Bertrand Bouvet. Celle de Bayonne, calibrée pour 75 détenus, en accueille aujourd’hui 160, soit un taux d’occupation de 213 %. Une situation critique bien en deçà des préconisations de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) qui fixe le minimum à 3 m2 par détenu. « À Bayonne, nous sommes à 1,6 m2 par détenu, c’est insuffisant », poursuit le jeune pénaliste. Cette surpopulation entraîne de nombreuses conséquences, notamment au niveau des visites. « Il n’y a que trois box pour 160 détenus, il arrive que l’on ne puisse pas voir son client ce qui pose de vraies difficultés pour les droits de la défense », explique-t-il.

Ancienne, la prison de Bayonne date de 1891. Sa vétusté entraîne des conditions de vie et de travail particulièrement difficiles. « L’eau ruisselle sur le long des murs et les détenus sont obligés de dormir la fenêtre ouverte, été comme hiver, à cause de l’humidité », décrivent les confrères. Un cadre de vie dur à supporter pour tous. Avec de telles conditions, le personnel est en souffrance et les arrêts de travail sont nombreux. « Nous avons rencontré des agents inquiets et fatigués », rapporte Francisco Sanchez Rodriguez.

Ne pas se satisfaire de cette situation

Face à ce constat déplorable, les solutions ne sont cependant pas légion. « Il y a urgence à mettre des moyens », exhorte Maître Bouvet. Mais dans un climat budgétaire plus que contraint, pas sûr que la priorité des élus et candidats se situe sur un sujet aussi peu fructueux d’un point de vue électoral. « Pourtant il y a un vrai décalage entre la réalité et ce qu’imagine la population au sujet des prisons », assure Alain Larrea.

Ériger de nouvelles prisons pourrait être une solution mais les chiffres ramènent à la réalité. « On construit moins de places qu’il n’y a de condamnations », souligne Bertrand Bouvet. Une équation compliquée à résoudre mais face à laquelle les Avocats ne veulent pas rester immobiles. En publiant ce rapport (disponible librement sur le site internet de l’Ordre des Avocats de Bayonne), ils entendent placer ce sujet dans le débat public. « On ne peut pas se satisfaire de cette situation, ce n’est pas à la hauteur de l’état de droit que nous souhaitons représenter ». 