ÉCRANS et JEUNES : vers un encadrement légal et sociétal
Interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, alertes sanitaires, encadrement parental, programmes de prévention : la question des écrans n’est plus marginale. Elle tient désormais une place fixe au coeur du débat public. Toutefois, si la réponse législative se met progressivement en place, c’est une transformation globale des modes de vie qui semble être en jeu.
Adoptée en première lecture le 26 janvier 2026 par l’Assemblée nationale, la proposition de loi fixant à 15 ans l’âge minimal d’accès aux réseaux sociaux marque un tournant dans la régulation des usages numériques des mineurs. Si cette mesure est adoptée par le Sénat, l’interdiction sera effective dès la rentrée scolaire de septembre 2026. Cette loi pose un principe d’interdiction d’accès aux plateformes sociales aux jeunes âgés de moins de 15 ans et s’inscrit dans le cadre du droit européen sur les services numériques (DSA), avec un contrôle confié en France à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Au-delà de la règle d’âge, la démarche traduit un changement d’approche. On passe d’une logique de sensibilisation à une logique de restriction d’accès. Les pouvoirs publics reconnaissent ainsi que l’autorégulation des usages familiaux ne suffit plus face à l’intensification des pratiques numériques des jeunes.
Des preuves scientifiques et sociales qui s’accumulent
L’urgence législative s’appuie sur un consensus scientifique de plus en plus documenté. Le rapport « Enfants et écrans », remis en 2024 au Président de la République, ainsi qu’une étude de l’Anses de fin 2025, décrivent des effets préoccupants liés à l’exposition intensive aux écrans et aux plateformes sociales, en particulier lorsque celle-ci est précoce, prolongée et non accompagnée. Ces analyses établissent un lien entre les mécanismes de captation de l’attention - flux continus de contenus, défilement sans fin, sollicitations visuelles rapides - et plusieurs facteurs de risque pour la santé mentale des jeunes publics. Sont notamment pointées une dégradation de la qualité du sommeil, une baisse de l’activité physique et l’apparition ou l’aggravation de troubles anxieux et dépressifs. Les travaux récents insistent aussi sur la vulnérabilité spécifique du cerveau des mineurs, encore en phase de maturation, face à des environnements numériques conçus pour maximiser le temps d’engagement.
Sur le plan du développement, les experts parlent aujourd’hui de « technoférence » : l’écran s’interpose dans les interactions humaines et en perturbe la qualité. Chez les plus jeunes, cette interposition peut réduire la richesse des échanges verbaux, le maintien d’une attention continue et la stabilité émotionnelle des interactions - des éléments reconnus comme déterminants dans l’acquisition du langage et des compétences sociales.
Pour autant, le discours scientifique ne se limite pas à une condamnation globale des écrans. Les chercheurs distinguent nettement les usages et précisent que les corrélations observées dépendent fortement de l’intensité d’usage, de l’âge d’exposition, du contexte familial et de la qualité de l’encadrement.
Surveiller et contrôler l’exposition
Partout dans le monde, des seuils de majorité numérique émergent (Australie, Chine, Corée du Sud) et des recommandations strictes ciblent les plus jeunes (USA, Angleterre, Danemark). Côté français, de nouveaux repères sont intégrés au carnet de santé depuis janvier 2025 : pas d’écran avant 3 ans, un usage exceptionnel, éducatif et accompagné jusqu’à 6 ans, une introduction encadrée des outils numériques entre 6 et 11 ans, et une absence de smartphone connecté avant 13 ans. Un arrêté publié au Journal Officiel le 2 juillet 2025, a d’ailleurs modifié la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, interdisant ainsi l’exposition aux écrans des moins de trois ans dans les crèches, haltes-garderies et autres lieux d’accueil. L’objectif de ces mesures est de limiter non seulement le temps de visionnage, mais aussi l’exposition à des contenus inadaptés (violence, pornographie, cyberharcèlement). Le Gouvernement mise désormais sur une double interdiction : celle de l’accès aux plateformes des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et celle des téléphones portables dans l’enceinte des lycées.
En parallèle, les recommandations se multiplient, délivrées ou relayées tantôt par le Gouvernement, les associations de parents ou les spécialistes de la santé. Du type de contenu - sujets, nombre d’images par seconde, format - au temps passé devant un écran, en passant par un besoin d’intégration des adolescents - risque d’exclusion si un jeune n’est pas présent sur les plateformes à la mode -, les enjeux et sujets de préoccupation sont nombreux.
Des influences...
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