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Vie locale

BUSITO, le lien social prend la route

© LPA

L’association Elkarlana Lagunak a inauguré le 9 octobre 2026, à Saint Pierre d’Irube, son café associatif itinérant. Avec ce nouveau dispositif, l’association bayonnaise entend aller à la rencontre des habitants, rompre l’isolement et favoriser l’inclusion des personnes en situation de fragilité psychique, au plus près des territoires.

Un café, quelques chaises, des conversations qui s’engagent au fil des rencontres… Et si lutter contre l’isolement commençait tout simplement par le fait de partager un moment ensemble ? C’est le pari du Busito, le nouveau projet porté par l’association Elkarlana Lagunak. Inauguré devant la Mairie de Saint Pierre d’Irube, ce café associatif itinérant a vocation à sillonner le Pays Basque pour créer des espaces de convivialité accessibles à tous. Derrière cette initiative, une conviction : le lien social est essentiel à l’épanouissement de chacun et la santé mentale ne se résume pas au soin.

Créer du lien au plus près des habitants

Après le Cafecito, installé depuis 2023 au 19, rue des Basques à Bayonne, l’association franchit une nouvelle étape en allant directement à la rencontre des habitants. Le Busito doit notamment intervenir dans plusieurs secteurs du Pays Basque intérieur : Garazi-Baigorri, Hasparren et Saint-Palais, avant un possible déploiement vers Mauléon. Des sollicitations existent également sur la Côte Basque.

L’idée a pris forme à la suite d’une étude menée par le Département des Pyrénées-Atlantiques sur l’isolement dans le territoire. Elkarlana Lagunak y avait participé en accueillant, à Bayonne, des personnes venues témoigner de leur situation. À l’issue de cette démarche, une question s’est imposée : comment agir concrètement contre l’isolement ? Un appel à manifestation d’intérêt a permis de faire émerger huit projets, dont celui d’un café mobile itinérant. L’association a été lauréate et a bénéficié d’un financement pour l’investissement, notamment l’acquisition d’une caravane et d’un véhicule de neuf places. Le projet a ensuite été construit avec différents partenaires du secteur sanitaire et social. Une première étape a été menée à Ossès, en septembre, pendant six jours, avant l’inauguration officielle à Saint- Pierre-d’Irube. Soutenu par le Département, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Fondation de France, le Busito entre désormais dans une phase d’expérimentation. Julie, Éducatrice spécialisée salariée par l’association, assure son animation.

« L’objectif, c’est de créer des tiers-lieux où l’on accueille non pas une frange de la population qui a une particularité, mais toute la population », explique Emmanuel Lucante, Président d’Elkarlana Lagunak. Le Busito ne se veut donc ni une structure de soins ni un lieu réservé aux personnes en difficulté. Il entend au contraire favoriser les rencontres entre des habitants aux parcours différents, dans un cadre simple et bienveillant.

Dépasser les préjugés sur la santé mentale

Créée en mai 2021, l’association Elkarlana Lagunak rassemble des personnes issues de différents horizons professionnels, réunies par une même sensibilité sur la place des personnes en situation de fragilité psychique dans la société. Son action repose sur l’inclusion, l’insertion et la déstigmatisation des troubles psychiques. Elle cherche à compléter les dispositifs existants en proposant des espaces où chacun peut trouver sa place, sans être réduit à une pathologie, un handicap ou une situation sociale. Le Cafecito, ouvert en 2023 à Bayonne, en constitue la première illustration. Il poursuit trois objectifs : briser l’isolement, créer des passerelles vers l’extérieur et sensibiliser le grand public à la santé mentale. Expositions, conférences, rencontres autour de livres et ateliers artistiques permettent d’aborder des sujets parfois encore difficiles à évoquer, comme la dépression ou la schizophrénie.

« La santé, ce n’est pas que le soin et le médical. Ce sont aussi les rapports sociaux, la possibilité d’être inclus dans une société, une vie, un groupe d’amis », souligne Emmanuel Lucante. La crise sanitaire a, selon lui, accentué les difficultés de personnes déjà fragilisées en rompant des liens sociaux essentiels.

Pour autant, l’association ne prétend pas se substituer aux professionnels de santé. Elle travaille en complémentarité avec les équipes psychiatriques de l’Hôpital de Bayonne, les équipes mobiles, les services d’accompagnement médico-social et différentes associations du territoire. Ces partenariats permettent d’orienter les personnes lorsque cela est nécessaire et d’assurer une continuité entre l’accompagnement sanitaire et la vie sociale. L’enjeu est de proposer une étape supplémentaire vers l’autonomie : sortir de l’isolement, reprendre confiance, découvrir de nouvelles activités et, progressivement, rejoindre d’autres structures de droit commun.

Un tremplin vers de nouvelles rencontres

Pour Emmanuel Lucante, l’inclusion ne doit pas s’arrêter à la porte du Cafecito ou du Busito. Ces lieux ont vocation à être des points de départ vers d’autres activités, d’autres associations et de nouvelles expériences. Un atelier couture peut ainsi donner envie de rejoindre une association spécialisée ; le théâtre, la musique ou le graff peuvent devenir autant de moyens de renouer avec les autres. Le Président évoque l’exemple d’un homme qui venait régulièrement au Cafecito, sans consommer, simplement pour lire un livre. Plutôt que de chercher à modifier cette habitude, l’équipe a pris le temps d’échanger avec lui. La discussion a révélé qu’il avait étudié à l’École Boulle, à Paris, et possédait de réelles compétences artistiques. Il a ensuite monté un projet de graff et mobilisé d’autres personnes, notamment des personnes sans domicile, pour réaliser une fresque à Anglet, sur un site d’hébergement d’urgence géré par Atherbea.

Une expérience révélatrice de la philosophie de l’association : permettre à chacun de retrouver une place active, de transmettre ses savoir-faire et de contribuer à un projet collectif. « Nous n’avons pas la prétention de dire que l’on va sauver les gens. On essaie de les gratifier suffisamment pour créer les conditions dans lesquelles ils peuvent s’épanouir », résume Emmanuel Lucante.

Cette démarche suppose de dépasser les représentations habituelles et de favoriser la mixité sociale. Les personnes fragilisées ne sont pas seulement accueillies ou accompagnées : elles peuvent aussi devenir actrices, porteuses d’idées et forces de proposition. Pour l’association, c’est en multipliant les occasions de vivre ensemble que l’on fait évoluer les regards.

Une aventure collective appelée à grandir

Derrière le Cafecito et le Busito, une équipe s’est progressivement constituée. L’association compte un bureau de cinq personnes, un conseil d’administration de douze membres, deux éducatrices spécialisées salariées et une cinquantaine de bénévoles au total, dont une quinzaine particulièrement actifs autour du café bayonnais.

Parmi eux, Patrice, trésorier adjoint, s’est fortement investi dans le projet itinérant. Ancien dirigeant d’une concession automobile et ingénieur de formation, il a rejoint l’association après une carrière marquée par des expériences personnelles qui l’ont sensibilisé au handicap et à la santé mentale. Aujourd’hui retraité, il met ses compétences au service de cette initiative solidaire.

Au Cafecito, la solidarité se traduit aussi par des gestes simples, comme les « cafés suspendus », payés à l’avance par un client pour qu’une autre personne puisse en bénéficier. Le lieu est ouvert du lundi au vendredi, de 9 heures à 18 heures, et accueille également, une fois par mois, un café des aidants Alzheimer, animé avec un psychologue et un médecin.

Avec le Busito, Elkarlana Lagunak souhaite désormais étendre cette dynamique à des territoires où les possibilités de rencontre peuvent être plus limitées. L’expérimentation permettra d’ajuster les étapes, les partenariats et les activités aux besoins locaux. L’association est d’ailleurs déjà sollicitée audelà du Pays Basque, notamment en Alsace et en Normandie, par des personnes intéressées par son modèle.

L’ambition reste la même : faire du lien social une réalité quotidienne, accessible à tous. Car parfois, derrière une simple tasse de café, il y a bien davantage qu’un moment de convivialité : une première sortie, une rencontre, une confiance retrouvée et la possibilité d’un nouveau départ.