BAYONNE, de ville forteresse à cité ouverte
Comment la Porte de France et le Réduit ont incarné la dimension militaire de Bayonne avant sa démilitarisation au début du XXe siècle ? Retour sur le riche passé d’un bastion, symbole de l’ouverture de la Ville.
Au sortir du Pont Saint-Esprit, sur la rive gauche de l’Adour, s’élevait jadis l’un des symboles les plus marquants de l’époque où Bayonne était militarisée : la Porte de France, monumentale entrée d’architecture classique qui commandait l’accès à la Forteresse du Réduit. Aujourd’hui, l’espace a changé de visage, mais cette porte et la baie fortifiée qu’elle défendait racontent l’histoire d’une ville corsetée par ses défenses, pivot stratégique entre France et Espagne, avant que l’urbanisation ne l’emporte sur la logique militaire au début du XXe siècle.
Une place forte renforcée par les siècles
Bayonne, par sa situation à la confluence de la Nive et de l’Adour, a longtemps été conçue comme une place forte essentielle à la défense du Royaume de France (481-1848). Dès l’Antiquité, quand la Ville s’appelait encore Lapurdum, un castrum romain (lieu fortifié, en latin) existait sur le site. Au fil des siècles, la Ville s’est dotée d’une véritable ceinture de murailles et d’ouvrages défensifs, enserrant le cœur urbain. Au XVIIe siècle, sous l’égide de Sébastien Le Prestre de Vauban, Commissaire général des fortifications, l’enceinte fut profondément modernisée : remparts épaissis, bastions renforcés, addition de demi-lunes (ouvrages extérieurs en forme de « V » destinés à couvrir les bastions) et autres éléments propres à la fortification bastionnée. C’est dans ce cadre que furent dessinés et construits, à partir de 1680, la Citadelle et le Fort du Réduit, avec autour une série d’ouvrages destinés à retarder toute attaque ennemie sur la Ville.
Au bout du Pont Saint-Esprit, la Porte de France fut édifiée vers 1760 dans un style classique marquant l’entrée principale dans l’enceinte défensive. Sa façade aux colonnes antiques et sa niche destinée à la statue royale de Louis XV, jusqu’en 1789, témoignaient du rôle prestigieux de l’ouvrage dans le système de défense.
Contraintes urbaines et lente désaffection militaire
Malgré l’importance stratégique de Bayonne, l’évolution des pratiques militaires et la croissance démographique posèrent progressivement problème. À la fin du XIXe siècle, la ville était littéralement étranglée par ses fortifications : avec près de 28 000 habitants, l’enceinte limitait l’expansion du tissu urbain, et la municipalité multiplia les demandes de déclassement des murailles.
Un projet de loi de 1899 confirma finalement la rétrogradation de Bayonne au rang de place de troisième catégorie sur le plan militaire, à l’exception de la Citadelle. L’entretien des fortifications fut donc abandonné, amorçant leur déclin. La loi de déclassement, approuvée en juin 1907 par le huitième Président de la IIIe République, Armand Fallières, ouvrit la porte à des transformations profondes du paysage bayonnais.
Dans la foulée, la municipalité de Bayonne, sous l’impulsion de Léo Pouzac, Maire de l’époque, lance la démolition du Réduit et de la Porte de France, estimant que leur disparition faciliterait la circulation et l’essor urbain. La porte fut démontée et ses pierres réutilisées pour surélever l’esplanade sur laquelle fut, deux années plus tard, érigée la statue du Cardinal Lavigerie (1909). Une partie de la porte du Réduit a été réinstallée à la Poterne en 1993, rappelant aujourd’hui la présence de ces anciens ouvrages aux passants.
Ce qui fut pendant des siècles une cité fortifiée s’est transformé en un espace ouvert, en pleine expansion. La Citadelle, aujourd’hui protégée, est toujours occupée par l'unité d'élite du 1er RPIMA. L’inscription des vestiges du Fort du Réduit aux monuments historiques en 2013 assure leur protection et leur mise en valeur pour les générations futures. Longtemps gardiennes de la cité, ces pierres requièrent désormais que nous soyons les gardiens de leur histoire.
